Homélies

Le Christ, un nouveau départ

Baptême du Christ – Dimanche 12 janvier 2020 – Homélie du frère Denis Cerba

Cet épisode du baptême de Jésus par Jean dans les eaux du Jourdain est évidemment un épisode crucial — un épisode-charnière — du récit évangélique, puisqu’il marque un tournant dans la vie du Christ : après l’émerveillement de Noël, après l’enfance de Jésus dont saint Matthieu ne dit pas un mot, on est plongé brutalement dans les choses sérieuses : la mission du Christ commence, ce pour quoi il est venu. Pourquoi est-il venu ? Pour faire quoi ? La question est importante — et on peut tout de suite remarquer qu’elle n’est pas susceptible d’une réponse si évidente que ça, puisque dès le début le comportement de Jésus a quelque chose de surprenant pour Jean-Baptiste lui-même : pourtant, s’il y avait une personne sur terre qui aurait dû savoir ce que venait faire Jésus, c’était bien Jean-Baptiste — c’était même en principe le seul : puisque sa mission à lui, c’était précisément d’être le tout dernier prophète du Messie, celui qui a la chance de le voir effectivement arriver et qui devait le reconnaître, le désigner au reste du monde, l’adouber en quelque façon. Et c’est bien ce qu’il fait en baptisant Jésus, et vous vous rappelez ces autres passages, notamment dans l’Évangile de Jean, où il désigne Jésus et ajoute : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Il sait donc qui est Jésus et ce qu’il vient faire. Il sait aussi que Jésus est beaucoup plus grand que lui : « Après moi vient un homme qui est plus grand que moi, et dont je ne suis même pas digne de dénouer les sandales ». C’est une façon de dire que Jésus est non seulement plus grand que lui, mais en fait le plus grand, le dernier, le Messie, qu’il ne faut pas en attendre encore un autre après lui. Donc Jean est celui qui connaît le mieux Jésus, et pourtant il est surpris dès le début par le comportement de Jésus : que Jésus veuille se faire baptiser par lui. Les explications que lui fournit Jésus sont assez vagues, il faut bien le dire : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice ». En quoi consiste ce summum de justice, Jésus ne précise pas, et ça n’a cessé d’exercer la sagacité des commentateurs depuis 2000 ans : le premier et principal problème étant que le baptême de Jean est foncièrement un baptême de pénitence (de confession des péchés et de conversion), et que s’il en est un qui est absolument sans péché, et pour lequel un tel baptême est inutile, c’est bien le Christ ! Il porte les péchés du monde, mais il est lui-même absolument sans péché : donc s’il est question de justice, c’est plutôt injuste qu’autre chose qu’il se fasse baptiser par Jean, puique c’est plutôt le seul qui n’a pas à l’être… (tandis que pour nous, évidemment, c’est plus que juste !). En fait, cette formule — « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » — traduit sans doute plutôt l’embarras des premiers chrétiens, dont saint Matthieu est le représentant, qui étaient persuadés qu’il était bien que Jésus se fasse baptiser par Jean — puisqu’il l’a fait — mais qui avaient du mal à comprendre ce que ça voulait dire. On connaît la solution de saint Jean — l’Évangéliste — à ce problème, saint Jean qui a écrit plus tard que saint Matthieu et au sein d’une tradition spirituelle un peu différente. Il fait dire à Jean — le Baptiste — ces paroles un peu étonnantes : en fait, Jésus, je ne le connaissais pas (c’est en toutes lettres dans l’évangile de Jean), je savais que c’était lui le Messie, mais je ne le connaissais pas : tout en sachant que c’était lui, je ne le connaissais pas… Ça veut dire en gros qu’il ne savait pas parfaitement ce qu’était un Messie et qu’il a compris (ou commencé à comprendre) justement après avoir baptisé Jésus — je cite les paroles de saint Jean-Baptiste d’après saint Jean l’Évangéliste (j’espère que vous suivez) : « Moi, je ne le connaissais pas, mais… j’ai vu l’Esprit descendre, telle une colombe venue du ciel, et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’avait dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.” Et moi, j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu. » Donc, ça c’est la solution de Jean l’Évangéliste : Jean le Baptiste a vraiment compris qui était Jésus seulement après l’avoir baptisé (sans préciser d’ailleurs ce qu’est un véritable Messie, si ce n’est que c’est l’Élu de Dieu…). Mais il faut noter que ce n’est pas la solution de saint Matthieu, puisqu’on trouve dans son évangile, quelques pages après le passage d’aujourd’hui, un texte (vous vous en souvenez) où Jean est au fond de sa prison, après avoir été arrêté par le roi Hérode : et ayant entendu parler des œuvres du Christ, il lui envoie quelques-uns de ses disciples pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »… Question quand même très étonnante, puisqu’elle semble indiquer qu’au vu des actes de Jésus, Jean est plutôt de moins en moins sûr qu’il est bien le Messie… Alors Jésus le rassure : si, si ! ne t’en fais pas, je suis bien le Messie : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les malades sont guéris, etc., etc. En fait, il lui cite les signes bibliques traditionnels, assez littéraires, qui sont censés accompagner la venue du Messie, mais sans lui révéler au fond l’essentiel de sa mission, qui n’est pas avant tout de guérir les malades… Bref, tout ceci pour vous faire comprendre que les premiers disciples de Jésus, et au premier rang d’entre eux son tout premier disciple et jusqu’aux évangélistes eux-mêmes, ont fait l’expérience d’une certaine étrangeté du comportement de Jésus, alors qu’ils le connaissaient on ne peut mieux (mieux que nous en tout cas), et qu’ils n’ont pas hésité à faire état dans le texte même de l’Évangile (en particulier, mais pas seulement, à travers la figure du Baptiste) d’une certaine forme de perplexité qu’il a pu susciter, y compris chez ses adhérents (et chez les Pharisiens, évidemment, c’était plus que de la perplexité !). Je crois que c’est important de ne pas perdre de vue ce caractère hors-normes de Jésus, y compris pour ses disciples : pas plus pour nous aujourd’hui que pour ses premiers disciples, la foi au Christ n’est incompatible avec — mieux : elle ne va pas sans — une certaine capacité d’expérimenter et de s’étonner devant une certaine étrangeté du Christ : Jésus dépasse nos attentes et nos cadres mentaux et spirituels — et après tout c’est bien pour ça qu’il est venu : il est venu pour nous convertir, pour nous faire changer, pour bouleverser nos vies, pour faire entrer Dieu dans nos vies d’une façon telle qu’Il n’y est pas d’emblée ou naturellement, et pas pour rester dans la case dans laquelle on a toujours plus ou moins envie de le mettre et de le laisser, pour se couler dans nos façons de penser : le Christ n’a pas à se mettre à la place qu’on a décidé de lui laisser, puisque c’est au contraire à nous de nous laisser bousculer par son message et son exemple !

Donc ce récit du baptême du Christ qui nous intéresse aujourd’hui, ce n’est pas simplement le récit bien huilé d’une sorte d’intronisation de Jésus comme Messie, prélude à une carrière triomphante d’envoyé de Dieu parmi les hommes… Certes, il y a un peu de ça : Jésus est bien adoubé par Jean, et plus encore évidemment par Dieu son Père, qui le marque bien comme l’Unique, le seul, l’indépassable, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur ». Mais il n’y a pas que ça — sinon ça ressemblerait plus, il me semble, à une histoire forgée de toutes pièces par un disciple trop zélé (ou précisément par quelqu’un qui aurait une idée préconçue de Dieu), qu’à une authentique expérience et connaissance de l’unicité du Christ, telle que pouvait l’avoir saint Matthieu et telle qu’il cherche à nous la transmettre. Je crois que saint Matthieu veut nous transmettre quelque chose de plus profond, en particulier à travers ce décalage entre Jean et Jésus : Jésus n’est pas seulement celui qui accomplit l’attente de Jean, c’est aussi et peut-être d’abord celui qui la dépasse, qui l’accomplit d’une façon tout à fait inouïe par rapport à ce que pouvait attendre et imaginer le Baptiste lui-même. Si vous vous rappelez la prédication du Baptiste, c’est essentiellement un message apocalyptique : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. » Jean entend ça au sens tout à fait littéral : le Royaume des Cieux, ça va arriver maintenant, pour cette génération, et ça va consister essentiellement en un jugement dernier : la cognée est au pied des arbres et tout arbre mauvais sera coupé et jeté au feu. En somme, il annonce l’imminence de la fin du monde et l’arrivée d’un Messie juge, donc il y a urgence absolue à se convertir, c’est votre dernière chance !, c’est ce qu’il dit aux gens. Évidemment, ça ne sera pas tout à fait le message de Jésus, même si là encore, il y a un peu de ça, et on sait que les tout premiers chrétiens ont vraiment vécu dans cette urgence apocalyptique : la première génération de chrétiens a de fait cru à un retour proche du Christ (certaines lettres de saint Paul en témoignent) et c’est seulement peu à peu qu’on a constaté et compris que le Christ, en fait, prenait son temps… Alors en un sens, l’œuvre du Christ a certes bien un côté apocalyptique, un côté final : au sens où après la naissance, la vie, la mort, la résurrection du Christ et l’effusion de l’Esprit Saint, Dieu a tout fait ce qu’il pouvait et voulait faire pour nous et qu’en un sens il n’a rien à ajouter d’essentiel à ça : en ce sens, pour Jésus comme pour Jean, le Royaume des Cieux est tout proche — si proche qu’il est déjà là, déjà instauré pour l’essentiel. La différence essentielle avec Jean, c’est que le Christ, s’il nous appelle à la conversion avec autant de radicalité que le Baptiste, il ne nous met pas devant le billot et la hache — il nous laisse le temps : alors, pas le temps de se la couler douce et de se dire « Je penserai à me convertir demain, y a pas le feu… », mais plutôt le temps d’agir : le temps de comprendre et d’entrer librement dans le Royaume des Cieux qu’il a inauguré, le temps, mieux encore, de faire advenir, croître, fructifier (telle la graine de moutarde de la parabole) ce Royaume des Cieux par nos propres choix et notre propre œuvre sous la mouvance de l’Esprit Saint. Voilà : l’une des caractéristiques essentielles du Christ, c’est d’ouvrir une conception radicalement positive de l’histoire humaine : l’histoire humaine n’est pas finie et le meilleur est à venir ! — même si je vous accorde que pour y croire, il faut parfois avoir la foi ! Mais c’est justement ça, être chrétien : avoir la foi. Donc, la venue du Christ, c’est pas une fin (comme le croyait Jean-Baptiste), c’est plutôt un commencement. C’est exactement le sens de l’image de la colombe sous la forme de laquelle se manifeste la descente de l’Esprit Saint sur Jésus : pour un Juif pétri de connaissance de la Bible comme l’était saint Matthieu c’est une allusion transparente au verset 2 du premier chapitre du premier livre de la Bible, le livre de la Genèse : « … et l’esprit de Dieu planait sur les eaux… » — donc pour Matthieu la venue du Christ est une nouvelle genèse, une nouvelle création, un nouveau début, un nouveau point de départ, et pas du tout une fin brutale, c’est pas du tout la cognée au pied de l’arbre ! Et de fait, quand on lit la Bible, on s’aperçoit que Dieu est tout à fait coutumier du fait : autant il passe l’Ancien Testament à fulminer contre la méchanceté et l’infidélité des hommes, et en particulier d’Israël (ça, c’est son côté Jean-Baptiste), autant il passe son temps à leur accorder à chaque fois un nouveau départ, il passe son temps à remettre les compteurs à zéro : avec Noé après le Déluge (où on retrouve la colombe qui vole au-dessus des eaux !), avec l’Exode et la sortie d’Égypte, avec la réécriture des Tables de la Loi après que Moïse eut brisé de colère le premier exemplaire, avec l’entrée en Terre promise, avec la succession des Juges, des mauvais et des bons, puis celle des Rois, des mauvais et des bons, et enfin avec le retour d’Exil et la reconstruction du Temple : hé bien ! dans cette perspective, il est clair que la venue de Jésus est l’ultime nouveau départ, le dernier nouveau départ que Dieu nous donne pour devenir enfin ensemble fidèles, justes et saints ! Je ne sais pas vous mais moi, je trouve ça plutôt enthousiasmant comme perspective !

Un dernier mot, pour conclure. Il y a une autre allusion importante dans le texte de saint Matthieu. En attribuant au Père la formule « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie », saint Matthieu identifie de façon transparente — toujours pour un lecteur assidu de la Bible — Jésus à la figure du serviteur parfait, c’est-à-dire à la figure du « Serviteur souffrant » dont parle le prophète Isaïe — la liturgie nous aide, on l’a lu tout à l’heure : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon Esprit, il proclamera le droit. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton… Il ne brisera pas le roseau qui fléchit (donc il ne risque pas de couper des arbres !), il n’éteindra pas la mèche qui faiblit… Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas (malgré l’adversité, sous-entendu), jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre… Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres ». Le Christ est le vrai serviteur souffrant et il nous invite tout simplement à suivre son exemple dans l’œuvre d’édification du Royaume des Cieux. C’est peut-être à première vue moins enthousiasmant que l’idée d’un nouveau départ, mais c’est tout aussi fondamental. Jésus est le vrai serviteur au double sens où il est parfaitement fidèle à Dieu et où il est venu pour servir et non pour être servi, et il est le serviteur souffrant au sens où travailler à l’édification du Royaume des Cieux, c’est nécessairement s’affronter à l’adversité du mal et souvent subir son triomphe à court terme. Mais dans le Christ, nous avons l’assurance de l’issue finale, sans en connaître l’heure — ce qui doit suffire à nous donner le courage nécessaire, au moins pour cette année !

Solennité de l’Épiphanie

Dimanche 5 janvier 2020 – frère Maurice Billet

Deux évangélistes racontent l’enfance de Jésus. Nous connaissons le récit de Luc, avec la naissance de Jésus et l’annonce aux bergers, aux pauvres parmi les pauvres. Ils sont les premiers à recevoir la bonne nouvelle de la venue du sauveur parmi les hommes. Le récit de Matthieu que nous venons de lire relate la venue des mages, des étrangers, des païens, à Bethléem, guidés par une étoile, à la maison où se trouvaient Jésus, sa mère. N’oublions pas Joseph, qui était dans son village natal, Bethléem, car il était de la maison de David. Et donc, Jésus était aussi de la descendance de David. Ainsi s’accomplissait la prophétie, faite plusieurs siècles avant par Balaam, un prophète païen : « Une étoile se lève, issue de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël ».

Eux aussi, les mages, des païens, ont été les premiers à rendre hommage à l’enfant Jésus. Ils étaient des savants qui scrutaient le ciel. Ils ont vu une étoile. Ils l’ont suivie et arrivent à Jérusalem. Pour déchiffrer leur route, il leur faut apprendre à lire dans deux livres. Celui de la création, ils scrutent les astres, et le livre de la Bible, dans lequel ils scrutent les Écritures. Être à l’écoute du monde, là où la parole de Dieu est présente. Ils entrent dans la course aux étoiles.

Selon un document arménien du 6e siècle, les mages sont décrits avec plus de détails, légendaires. Ils sont rois. Gaspard régnait sur l’Arabie. Melchior sur la Perse. Baltassar sur les Indes.

Où est le roi des Juifs ? C’est la question des mages. Elle inquiète beaucoup Hérode, déclaré roi des Juifs par le Sénat romain, et aussi les chefs des prêtres et les scribes. Ces derniers, spécialistes, ont pu renseigner les mages. Ils n’ont pas bougé, enfermés qu’ils étaient dans leur palais et leur bonne conscience. Les mages sont des voyageurs de l’espérance.

Qui est le roi des Juifs ? La véritable réponse à la question des mages se trouve sur la croix, écrite en trois langues, « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. » Le messie apparaît au milieu des humbles.

Les mages sont des veilleurs. Ils se mettent debout. Ils se déplacent. L’étoile les précédait, elle marchait devant. C’est dans la nuit que l’étoile est visible. Les mages se déplacent comme Abraham. L’histoire a un sens, c’est-à-dire qu’elle a une signification, qu’elle a une direction, une orientation. Dieu retourne les évidences.

Les mages ont dû être déconcertés ; ils se retrouvent dans un humble foyer, à Bethléem. Nul ne peut entrer dans le royaume s’il ne devient un enfant. Dieu bouscule nos évidences. Quand vient l’enfant de la crèche, Dieu manifeste la priorité aux plus pauvres, aux bergers. Jésus, adulte, donne la priorité à cet homme lépreux qu’il va toucher en dépit de la loi, ou à cette femme pécheresse qu’il va pardonner en dépit de ses condamnations. Quand Jésus, roi des Juifs, meurt sur la croix, il donne la priorité à ce bandit attaché à ses côtés et qui lance le oui du dernier instant.

Dieu est vraiment étrange, il est le serviteur du plus faible, quelle que soit sa faiblesse, car il affronte l’épreuve de l’amour véritable. Il nous propose une voie, sans rien imposer. Il nous faut le suivre comme nous le pouvons.

L’étoile que les mages ont suivie est devenue pour eux le visage et le regard d’un petit enfant. Dieu se rend visible, sans provoquer la mort, mais pour communiquer la vie. Ils virent l’enfant avec Marie sa mère. Et ce n’était pas dans un palais.

« Dieu a tellement pris la dernière place que personne désormais ne pourra la lui ravir. » Parole de l’abbé Huvelin à Charles de Foucauld.

Dieu retourne les évidences. Relisons quelques versets du psaume que nous avons chanté : « Dieu délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. » La 2e lecture tirée des Éphésiens : « Frères le mystère révélé, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus ». C’est la mondialisation made in Dieu, made in God. Nous devenons des gens du voyage. L’Épiphanie nous invite à être solidaires d’une mondialisation divine.

Les dons. L’or est offert. Les dons reçus doivent être partagés. Ce que nous avons vient du Seigneur. L’or est inaltérable, mais il peut polluer les cœurs. Notre richesse est l’amour indéfectible du Seigneur, comme sa patience. Dieu ne peut pas se renier. L’or, est une forme du pouvoir, comme de service.

L’encens ne relève pas de nécessités économiques. Il relève des gestes de respect. Il est aussi nécessaire que l’argent. Nous en avons besoin. Reconnaître la dignité d’un homme, quelle que soit son origine. L’encens représente la gratuité dans notre vie. Il symbolise la prière, qui est le plus beau des présents. Celui de la disponibilité de l’homme qui donne à Dieu ce qu’il a de plus précieux : son temps. L’encens est une marque de respect.

La myrrhe embaume les défunts, elle affirme la croyance en la survie. Le corps est le temple de l’Esprit. Nous sommes responsables de notre corps. Il s’agit d’habiter notre corps, de tenir son corps, d’être son corps. Le corps est ce qui nous permet de communiquer avec autrui. Quand nous recevons le corps du Christ, il nous transforme en ce qu’il est.

Nous avons à passer par Jérusalem, dont le nom signifie « vision de paix », pour la rencontre à Bethléem, qui signifie « maison du pain ». C’est ce que nous faisons, en ce moment, dans notre célébration.

Ils prennent un autre chemin, ils sont déroutés ; c’est la conversion. Ce qui est païen en nous sera converti. « Que ta volonté soit faite ». Le Christ est présent là où ça fait mal, là où notre cœur est malade, fragile, hésitant. La guérison n’est possible que si nous nous remuons. Il faut agir, faire un pas. L’étoile nous guidera là où le Seigneur veut nous amener. Il est au cœur de nos affrontements, de nos misères, de nos faiblesses, comme de nos joies.

L’étoile d’aujourd’hui, de maintenant, Jésus nous la précise : quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Tout visage humain est une étoile. « Retiens l’étranger, si tu veux reconnaître le Seigneur » dit saint Augustin. C’est souvent l’étranger, notre prochain qui nous révèle ce que nous sommes.

En ce début d’année 2020, souhaitons-nous bonne route, dans la paix, la justice, la solidarité et le partage. Le Seigneur, Emmanuel, est toujours avec nous, au plus profond du cœur de l’Église et de nous-mêmes. Saint Paul nous dit : « Vous êtes l’unique corps du Christ, vous êtes membres des uns et des autres ».

Nous avons une famille

Homélie de la sainte Famille – Dimanche 29 décembre 2020 – frère Benoît Ente

Chacun d’entre nous, nous avons une famille. Le temps que vous lui avez accordé à Noël ou au cours de cette année 2019 montre l’importance pour vous de cette famille. Et même si, vous avez décidé de couper les ponts avec elle, le poids de cette décision, le manque qu’elle crée montre la place que la famille occupe dans notre cœur. Et même ceux qui comme on le dit trop rapidement n’ont pas de famille parce qu’ils sont orphelins ou parce qu’ils ont été élevés en foyers, ceux là consacrent une partie de leur vie à retrouver leur famille. La famille fait partie de notre vie, de notre ADN. Elle est comme la terre dont la plante a besoin pour vivre.

Aujourd’hui, l’Eglise nous donne à contempler une bien étrange famille. Un père qui n’est pas le père biologique et qui est à deux doigts de répudier son épouse. Une mère qui est la seule femme dans l’histoire de l’humanité à avoir conçu un enfant sans homme. Une naissance dans une précarité extrême, à l’endroit où mangent et dorment les bêtes, où nous imaginons sans peine que les conditions d’hygiène et de sécurité n’étaient pas totalement réunies. Puis, un être mystérieux apparaît dans les rêves de Joseph pour le prévenir d’un danger. Immédiatement, toute la famille émigre sans visa pendant la nuit dans un pays qui n’a pas la même religion. Et nous pourrions encore continuer la liste des bizarreries de cette famille.

Décidément, nous sommes loin du modèle familial que nous pourrions avoir en tête avec un papa, une maman, des enfants et une maison tranquille. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour nous, car cette surprenante famille de Jésus rejoint les familles d’aujourd’hui décomposées, recomposées, toujours en mouvement.

Alors finalement, qu’est-ce qu’une famille ? Et qu’est-ce qui fait qu’elle est sainte ? 

Une famille, c’est un réseau de relations qui relient des personnes de manière particulièrement forte. Des personnes sur qui on peut compter en particulier quand nous traversons une épreuve. Des personnes engagées les unes envers les autres. 

Joseph aurait pu se dire, cela commence à être dangereux cette histoire, je prends mes cliques et mes claques et je m’en vais. Eh bien non, il reste fidèle, il assume et il fait face jusqu’au bout. Marie et l’enfant ont pu compter sur son soutien devant la menace d’Hérode. De même Joseph a pu compter sur la confiance de Marie quand il lui a parlé de son étrange rêve et qu’il a décidé de quitter précipitamment le pays dans la nuit. C’est justement dans l’épreuve que se vérifient et se forment les liens familiaux, ce qui unit les êtres et que nous appelons amour.

Pour vivre de cet amour, Marie et Joseph ont un secret qui leur a permis justement de surmonter l’épreuve et d’oser partir à l’aventure. Dans leur famille, il y a un membre particulier, un membre qu’on ne voit jamais et que Jésus appellera plus tard Père ou même parfois Abba, Papa. Ce membre ne s’impose pas. Il est comme une pièce rapportée qui se tient à la porte et à qui l’on accorde une place si on le veut bien. Ce membre, Marie et Joseph savent qu’ils peuvent compter sur lui. Ils savent qu’Il leur parlent, les guide, parfois en songe, parfois par leur conscience, par la parole d’un ami ou encore par celle des Écritures.

Et c’est peut-être cela qui fait la sainteté d’une famille. Là où Dieu est présent, qu’il soit nommé ou pas. Là où sa parole est écoutée quelle qu’en soit la manière. Et là où sa volonté est accomplie. C’est ainsi que Jésus désigne sa propre famille. Ma mère, mes frères, mes sœurs sont ceux qui accomplissent la volonté de Dieu. La sainte famille est sainte parce que Dieu y est présent, à une place de choix. Et ici, doublement. Dans l’esprit de Marie et de Joseph, qui ont foi au Dieu de leur Père. Et dans le ventre de Marie, où l’enfant-Dieu déjà illumine et guide ceux qui lui font une place. 

Aujourd’hui, frères et sœurs, où est-elle la sainte famille sinon juste à côté de vous ? Au milieu de cette communauté d’hommes et de femmes engagés les uns envers les autres par la parole que nous a laissée Jésus. Cette parole que nous écoutons dimanche après dimanche, jour après jour. Une parole faite chair, que nous mangeons ensemble autour de la même table. Frères et sœurs, que cette famille appelée Église soit notre force pour aller de l’avant, affronter nos épreuves et goûter à la joie de devenir enfants de Dieu. Amen. 

Aujourd’hui, l’Eglise nous donne à contempler une bien étrange famille. Un père qui n’est pas le père biologique et qui est à deux doigts de répudier son épouse. Une mère qui est la seule femme dans l’histoire de l’humanité à avoir conçu un enfant sans homme. Une naissance dans une précarité extrême, à l’endroit où mangent et dorment les bêtes, où nous imaginons sans peine que les conditions d’hygiène et de sécurité n’étaient pas totalement réunies. Puis, un être mystérieux apparaît dans les rêves de Joseph pour le prévenir d’un danger. Immédiatement, toute la famille émigre sans visa pendant la nuit dans un pays qui n’a pas la même religion. Et nous pourrions encore continuer la liste des bizarreries de cette famille.

Décidément, nous sommes loin du modèle familial que nous pourrions avoir en tête avec un papa, une maman, des enfants et une maison tranquille. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour nous, car cette surprenante famille de Jésus rejoint les familles d’aujourd’hui décomposées, recomposées, toujours en mouvement.

Alors finalement, qu’est-ce qu’une famille ? Et qu’est-ce qui fait qu’elle est sainte ? 

Une famille, c’est un réseau de relations qui relient des personnes de manière particulièrement forte. Des personnes sur qui on peut compter en particulier quand nous traversons une épreuve. Des personnes engagées les unes envers les autres. 

Joseph aurait pu se dire, cela commence à être dangereux cette histoire, je prends mes cliques et mes claques et je m’en vais. Eh bien non, il reste fidèle, il assume et il fait face jusqu’au bout. Marie et l’enfant ont pu compter sur son soutien devant la menace d’Hérode. De même Joseph a pu compter sur la confiance de Marie quand il lui a parlé de son étrange rêve et qu’il a décidé de quitter précipitamment le pays dans la nuit. C’est justement dans l’épreuve que se vérifient et se forment les liens familiaux, ce qui unit les êtres et que nous appelons amour.

Pour vivre de cet amour, Marie et Joseph ont un secret qui leur a permis justement de surmonter l’épreuve et d’oser partir à l’aventure. Dans leur famille, il y a un membre particulier, un membre qu’on ne voit jamais et que Jésus appellera plus tard Père ou même parfois Abba, Papa. Ce membre ne s’impose pas. Il est comme une pièce rapportée qui se tient à la porte et à qui l’on accorde une place si on le veut bien. Ce membre, Marie et Joseph savent qu’ils peuvent compter sur lui. Ils savent qu’Il leur parlent, les guide, parfois en songe, parfois par leur conscience, par la parole d’un ami ou encore par celle des Écritures.

Et c’est peut-être cela qui fait la sainteté d’une famille. Là où Dieu est présent, qu’il soit nommé ou pas. Là où sa parole est écoutée quelle qu’en soit la manière. Et là où sa volonté est accomplie. C’est ainsi que Jésus désigne sa propre famille. Ma mère, mes frères, mes sœurs sont ceux qui accomplissent la volonté de Dieu. La sainte famille est sainte parce que Dieu y est présent, à une place de choix. Et ici, doublement. Dans l’esprit de Marie et de Joseph, qui ont foi au Dieu de leur Père. Et dans le ventre de Marie, où l’enfant-Dieu déjà illumine et guide ceux qui lui font une place. 

Aujourd’hui, frères et sœurs, où est-elle la sainte famille sinon juste à côté de vous ? Au milieu de cette communauté d’hommes et de femmes engagés les uns envers les autres par la parole que nous a laissée Jésus. Cette parole que nous écoutons dimanche après dimanche, jour après jour. Une parole faite chair, que nous mangeons ensemble autour de la même table. Frères et sœurs, que cette famille appelée Église soit notre force pour aller de l’avant, affronter nos épreuves et goûter à la joie de devenir enfants de Dieu. Amen. 

Joyeux Noël

Homélie du frère Denis Bissuel, 25 décembre 2019

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi. Et une parole s’est faite entendre au creux de nos hivers, dans les veilles de nos nuits : N’ayez pas peur, voici que je vous annonce une Bonne Nouvelle, c’est une grande joie. Frères et sœurs, une lumière dans la nuit, une parole de réconfort, voilà ce que nous avons besoin de voir et d’entendre et qui nous est offert en cette nuit de Noël. C’est une Bonne Nouvelle pour tous et pour chacun, qui n’est pas réservée à quelques privilégiés, aux prétendus sages ou aux intelligents.

Cette Bonne Nouvelle la voici : aujourd’hui Dieu vient habiter parmi nous pour toujours parce qu’il nous aime et que l’amitié ne peut s’accommoder des grandes distances. Aujourd’hui, cette nuit, Dieu se fait l’un de nous. Il se donne à nous comme sa Parole ; le Verbe se concentre, prend corps, chair humaine sous les traits étonnants et pourtant familiers d’un petit enfant. Oui, clame le prophète, Un enfant nous est né, un fils nous est donné, pour que nous devenions des frères. Et la terre et le ciel enfin réconciliés unissent leur voix pour proclamer sa gloire et sa louange, car il est le Messie de Dieu, fils d’Abraham, fils de David, et Fils de l’Homme

Vous pouvez le reconnaître à ce signe : un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Amour de Dieu, humour de Dieu. La gloire est pour le moins ténue et surprenante. Un enfant fragile et dormant dans du foin, mais où est donc le Messie proclamé ? Un homme défiguré suspendu à la croix, où est le Fils de Dieu ? Où est-il donc ce roi des juifs qui vient de naître ? Es-tu vraiment celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? On aurait préféré pour nous défendre et nous sauver un Messie plus digne, plus musclé, plus triomphant, plus convaincant.

Le Fils bien-aimé naît dans la mangeoire car il n’y a pas de place ailleurs. Le fils de l’Homme n’a pas où reposer la tête. Il vient au monde sur la paille, il finira sur le bois de la croix. La folie de la croix est folie de la crèche. Il y a bien peu de choses intéressantes à voir.

Mais déjà les commentaires vont bon train et l’emportent largement sur l’événement lui-même. Des témoins s’interrogent, bergers de la contrée, veilleurs de la nuit, saisis par tout ce qu’ils ont vu et entendu, ils frissonnent, prophétisent, annoncent la nouvelle. Un vieillard, Siméon, s’extasie devant l’enfant. Ses parents s’émerveillent de ce qu’on dit déjà de lui. La Parole résonne, amplifie son écho. Elle est livrée à tous et à tout vent, aux doutes et aux sarcasmes, ballotée comme Moïse dans son frêle panier sur les courants du Nil.

La rumeur grandit, joyeuse et menaçante. L’enfant trouble et inquiète. Le roi Hérode s’agite, veut mettre la main dessus, mais joué par les mages, ces étrangers païens, il se livre à un massacre en tuant dans Bethléem tous les enfants de moins de deux ans. Le monde a peur du nouveau-né, sa tête est déjà mise à prix.

Et toi Marie sa mère, qui médites toutes ces chose, une épée te transpercera le cœur. Le Messie ton enfant sera serviteur et souffrant. Sa route sera jonchée d’épines. On le dira agitateur, blasphémateur. On le croira possédé ou fou. Bientôt les autorités politiques et religieuses, empereurs et pontifes, le livreront. Mais lui passe au milieu d’eux et poursuit son chemin, ouvrant les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, relevant les accablés et proclamant l’amour et le pardon de Dieu. Entrant dans notre histoire, il manifeste en paroles et en actes que Dieu est avec lui, il donne corps à la promesse des prophètes d’Israël, il est l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Allons donc nous aussi, à Bethléem, approchons de la crèche où tout est simple et pauvre, à notre portée, déposons nos fardeaux et lâchons prise devant celui qui est sans grandeur ni éclat. Là se trouve la vraie nourriture, Parole de vie, Pain vivant offert en abondance. Il repose, enfant, dans une mangeoire étroite, lui qui nous appelle à marcher avec lui vers les larges espaces du Royaume. Il ne trouve pas de place dans les hôtels, lui qui se prépare une place dans le cœur de chacun. Il s’est laissé enserrer dans les langes et les bandelettes, lui qui vient délier nos mains et nos pieds pour nous mettre debout, en route, libres et confiants. Eveille-toi, toi qui dors, Le jour est déjà avancé, le jour est arrivé.

Et l’écho rebondit jusqu’au soir de la croix et au matin de Pâques dans le jour commençant. Quand la Parole surgira du trou vide et béant du tombeau, annoncée par quelques femmes comme bonne et joyeuse nouvelle du premier-né d’entre les morts, alors notre nuit de Noël prendra tout son sens.

Fêter Noël, c’est se laisser habiter par la joie quand bien même notre inquiétude peut grandir devant les risques et les périls qui menacent aujourd’hui notre maison commune. Fêter Noël, c’est accueillir la Parole et s’en nourrir, la porter, la ruminer, pour l’enfanter à notre tour dans l’amitié, l’amour offert et partagé ; c’est œuvrer pour la justice et la paix, pour une terre plus humaine et fraternelle, véritable demeure de Dieu. Fêter Noël, c’est témoigner que l’espérance prend corps, que le Royaume est déjà là comme un germe fragile dont il faut prendre soin, c’est proclamer dans la nuit de nos errances et de nos doutes le nom de cet enfant : Emmanuel, Dieu avec nous ! Amen !

Définitivement acquis

Homélie du frère Jean-Pierre Mérimée, 2e dimanche de l’Avent

En ce deuxième dimanche de l’Avent, nous avons entendu des textes : prophétique, d’Isaïe, sur la justice de Dieu ;  le psaume 71 sur la justice du roi ; la lettre de Paul aux Romains sur la fidélité et la miséricorde de Dieu ; enfin, l’annonce par Jean le Baptiste, du baptême de Jésus dans l’esprit saint et le feu ; ils sont non seulement d’une grande beauté littéraire, mais ils portent des enseignements forts sur Celui en qui nous avons mis notre foi. Quelle est cette formidable espérance qui nous entraine, comme le courant d’un grand fleuve, vers Noël, au pied de l’enfant de la crèche, avec les bergers et les mages? Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

Nous sommes invités à risquer quelques pas, à entrer dans l’aventure : ça commence par presque rien, un rameau sorti de la souche de Jessé, père de David. L’esprit du Seigneur va reposer sur lui et plus rien ne sera comme avant. La loi du plus  fort, c’est fini. Le jugement sur les rumeurs, sur les apparences, le qu’en dira-t-on, c’est  fini ; Les sentences injustes envers les petits, c’est fini ; enfin toute la création va être rétablie dans la paix des origines, dans l’harmonie première. Le loup habitera avec l’agneau, le nourrisson s’amusera sur le trou du cobra. «  Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur la montagne du Seigneur car la connaissance du Seigneur emplira le pays ». Le prophète Isaïe tape fort, d’autant plus fort que la réalité de la vie de ses auditeurs étaient sûrement bien loin de cette vision idyllique.

Aujourd’hui, c’est pareil : Palestiniens et Israéliens  sont à couteaux tirés et c’est le moment qu‘a choisi le pape François pour planter avec eux un olivier de la paix dans les jardins du Vatican.

 Quel est cet esprit qui met au cœur du chrétien la folie d’une telle espérance, ce refus du malheur comme une fatalité inéluctable, sinon « l’esprit du Seigneur qui remplit le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer » s’enthousiasme le prophète Isaïe? Plongé dans cet esprit du Seigneur, nous croyons que, au cœur de la nuit des hommes, c’est Noël qui l’emporte. Nous confions notre avenir à un tout-petit, à un nouveau-né qui porte l’avenir, le salut du monde : plus rien ne sera comme avant, la vie l’emporte.

L’enthousiasme, nous l’avons, nous sommes prêts à nous mobiliser ponctuellement pour de nobles causes, mais vivons-nous la vie de tous les jours « dans l’espérance que le Dieu de la persévérance et du réconfort nous donne  d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus» ? C’est st Paul qui s’adresse  ainsi à la première communauté de chrétiens de Rome, où déjà il était un peu difficile de s’accorder, chrétiens d’origine juive d’un côté, d’origine païenne de l’autre.

L’apôtre souligne que Dieu sur ce point est à la fois fidèle et miséricordieux, fidèle au peuple élu et miséricordieux, le cœur accueillant aux autres, à tous les autres. Ligne de crête qu’il nous est demandé de suivre, en mettant nos pas dans ceux de Jésus sans trembler, si nous voulons ne pas tomber dans le sectarisme ou le communautarisme.

En parcourant ces premiers textes, nous prenons conscience du chemin ouvert par Isaïe et que rappelle l’évangile de st Mathieu avec la figure de Jean le Baptiste : « préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers » C’est un chemin de conversion, le mot est dit, il va colorer tout notre parcours de l’Avent. Et le Baptiste va taper fort, lui aussi, comme l’a fait avant lui Isaïe : « Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?…Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres.. » L’urgence est soulignée fortement, il n’y a pas une minute à perdre, tout le reste peut attendre. N’ayons pas peur des révisions déchirantes que cela peut produire, la cognée, le feu qui purifie, toutes ces forces vont séparer  le bon grain de la paille, le bon fruit de l’arbre sec.

Peut-être nous sentons-nous, à ce stade, plus perturbés encore : rêver la vie comme Isaïe, pourquoi pas ? Mais comment donner vie à nos rêves ? En perdant quelques unes de nos illusions, celles dans lesquelles notre ego nous enferme ; l’illusion qu’on va s’en tirer tout seul, y compris en écrasant l’autre ; les illusions que la publicité distille, d’un bonheur qui s’achète ; l’illusion que rien ne bougera jamais ; l’illusion qu’il suffit d’être spectateur de l’histoire, etc… L’espérance de Noël pourra ouvrir les ailes dès que nous aurons fait le premier pas dans la bonne direction.

J’ai reçu un jour cette grande leçon d’un ami de Nantes, François Gourvennec, une sorte de saint, qui s’occupait de personnes malades de l’alcool. Je lui faisais remarquer que les rechutes étaient plus fréquentes que les guérisons définitives. Il m’a répondu : « Tu vois, Joseph, il va au bistrot pour avoir un peu de compagnie, il commande une bière. Pendant une demi-heure, il ne touche pas le verre malgré l’envie qu’il en a. C’est un combat terrible. Puis, il le boit. Eh bien, la demi-heure pendant laquelle il a résisté est définitivement acquise. »

Définitivement acquise.

En y réfléchissant,  la justice de Dieu, le jugement dernier, le baptême dans l’esprit et le feu, c’est peut-être un peu pareil : la paille de nos manquements, de nos rechutes ira au feu, elle partira en fumée, mais le bon grain de nos vies, Jésus l’amassera dans ses greniers. Pour toujours.