Homélies

Touché !

Homélie du frère Nicolas Burle – 2e Dimanche de Pâques

Frères et sœurs,

À votre avis, est-ce qu’il l’a fait ? Est-ce qu’il a obéi ? Et vous, l’auriez-vous fait ? Auriez-vous obéi au Seigneur ? Qui pense que saint Thomas a avancé sa main et la mise dans la blessure du côté du Christ ? Qui pense plutôt que la simple vision des blessures dans les mains et le côté a suffi ? Nous pourrions poser la même question au sujet des disciples d’Emmaüs : pensez-vous que la vue du Seigneur partageant le pain a suffi à le reconnaître ou est-ce qu’il leur a fallu prendre le pain, devenu le corps du Christ, et le manger pour enfin le reconnaître ?

Dans les deux cas, l’évangile ne donne pas la réponse. Il nous faut interpréter et cette interprétation dit beaucoup de notre façon de considérer la foi. Dans votre vie, et particulièrement dans votre vie de foi, êtes-vous plutôt présentiel ou distanciel ?

À distance, il est possible de voir et de parler. Pourquoi donc faudrait-il être présent ? Je connais des gens qui trouvent que les cours sont mieux en visio : on s’exprime plus facilement devant un ordinateur que dans une salle de cours. Ils ont raison, à distance on est à l’abri. C’est dangereux de s’approcher de quelqu’un… Vous vous rendez compte, il peut vous arriver quelque chose de grave. Les apôtres, eux, ont trouvé la solution. Ils se sont enfermés par peur des Juifs. Mais malgré les portes closes, Jésus, lui, s’est approché d’eux. Il a même soufflé sur eux l’Esprit saint. On se dit : ça y est, c’est parti ! Mais non, ça c’était la semaine dernière. Ce dimanche, ils sont encore enfermés par peur de la mort. Le ressuscité leur est apparu, celui qui a vaincu la mort leur est apparu, ils ont la foi mais ils ont encore peur de la mort. Vous trouvez cela sérieux des croyants qui ont tellement peur de la mort qu’ils ont préféré cesser de vivre ? Ce n’est pas à nous que cela arriverait une chose pareille évidemment.

La semaine dernière, pendant la mâtine pascale, frère Yves vous a parlé des apôtres qui ont vu le tombeau vide et de Marie-Madeleine qui nous a fait respirer le doux parfum du Christ. Frère Rémy à la messe du jour de Pâques vous a parlé de la voix du Seigneur qui, avec son intonation unique, a bouleversé le cœur de Marie-Madeleine. Vue, odorat, ouïe. Cette semaine, je vais donc vous parler du toucher et du goût.

Parce que rien ne peut remplacer la présence réelle. Il ne suffit pas de venir à la messe pour voir la belle église et pour entendre la Parole de Dieu et les jolis chants. Il ne suffit pas de respirer le parfum d’encens. Il faut toucher et goûter. Et donc il faut se laisser toucher par la présence réelle du Christ. Car le toucher est le seul des cinq sens qui est réciproque. Je peux voir sans être vu mais je ne peux pas toucher sans être touché. C’est pourquoi je crois que saint Thomas a vraiment touché le corps du Christ, les blessures du Christ, et que c’est pour cette raison qu’il peut proclamer la foi parfaite : « Mon Seigneur et mon Dieu. ». Il n’y a pas de vraie foi sans présence réelle parce qu’il n’y a pas d’amour véritable sans présence réelle. L’amour à distance, cela revient à se mettre à distance de l’amour.

Dans le sacrement de l’Eucharistie, Dieu nous a donné le moyen de le toucher et d’être touché par lui. Si nous pensons que le corps et le sang du Christ sont simplement une image, une représentation, une façon de dire, nous nous tenons à distance. Nous ne laissons pas la vie du Christ ressuscité nous toucher, entrer au plus intime de notre être pour le transformer. Nous raisonnons mais nous ne goûtons pas. La présence réelle du Christ dans l’eucharistie ne signifie pas recevoir Jésus dans mon estomac ou saisir par ma raison raisonnante quelque chose du mystère mais me laisser saisir par la vie du Christ ressuscité qui entre réellement dans tout mon être, dans toute ma vie pour me donner la vie éternelle, la vie en abondance.

Dans les sacrements, nous touchons Dieu et Dieu nous touche.
Alors nous comprenons qu’il faut faire un saut pour être un croyant.
Voir ne suffit pas. Écouter ne suffit pas. Sentir ne suffit pas.
Toucher même ne suffit pas. Il faut se laisser toucher et goûter la présence.
La foi parfaite ne vient pas du toucher de la main mais du cœur touché par Dieu.
La foi parfaite, celle de Thomas qui s’écrie devant Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu »
La foi parfaite, celle de nous tout chrétien à chaque fois que nous recevons le corps du Christ et que nous répondons en vérité : « Amen ! »

Emmaüs, course et cœur brûlant

Homélie du frère Philippe Verdin – Mercredi 7 avril 2021

Je discutai avec un catéchumène à propos des disciples d’Emmaüs. Il me dit :

« Ce qui me bouleverse, c’est la course à rebours des disciples, dans la nuit, sous les étoiles, qui remontent à Jérusalem. Nuit lumineuse. La plus belle nuit de leur vie. La nuit d’une joie inoubliable, inespérée, immense, éternelle. »

Vous avez noté que, après la résurrection, tout le monde court. Jean et Pierre, Marie-Madeleine, les disciples d’Emmaüs. 

Il y a comme une accélération du tempo. La Résurrection crée une ambiance électrique. 

Ce ne sont pas des courses vaines ou une agitation démente. C’est un mouvement plein d’espérance, gorgé d’émerveillement, d’éblouissement – c’était donc vrai ! – de retrouvailles, de communion. Une joie fondatrice et dynamique. Le cœur brûlant… notre cœur, palpitant.

Vigile ou matine pascale ?

Homélie du frère Yves Habert – Dimanche de Pâques 4 avril 2021

Il y a ceux du soir et ceux du matin. Certains n’arrivent pas à se coucher quand d’autres n’arrivent pas à veiller ! C’est même très difficile d’être de l’un ou de l’autre, de changer sur ce point. Pourtant, l’Eglise a changé.

Depuis 1951, Pie XII a remis en valeur le caractère nocturne de la Vigile pascale en la déplaçant du samedi matin à la veille au soir. Et, depuis lors, l’Eglise célèbre la résurrection le samedi soir. Et l’idée a « trouvé son public », comme on dit en marketing. Le peuple chrétien s’est emparé de ce véritable trésor. Mais, aujourd’hui, nous fêtons une matine pascale. « Sonnez les matines » j’ai remarqué que les bénédictins aiment célébrer des vigiles quand les cisterciens se lèvent à l’aube pour célébrer des matines.

Que peut signifier ce changement d’heure ? Ne serait-ce pas une opportunité pour dire : « Bienheureuses mesures sanitaires » ? Pourquoi ? Parce que cela nous déshabitue, mais, plus profondément, est-ce que cela ne nous ferait pas découvrir de nouveaux horizons ? Cherchons des arguments de convenance.

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L’heure du jugement – mais qui est jugé en réalité ?

Homélie du frère Franck Guyen – Vendredi saint 2 avril 2021

Mes amis, c’est maintenant l’heure du jugement. Mais qui est jugé ? En apparence, c’est Jésus qui est jugé, et ses juges sont les puissants, Pilate le romain et Caïphe le juif. Mais les apparences sont trompeuses.

En réalité, ce sont ces potentats d’ici-bas qui sont jugés : le procès de Jésus montre la déshumanisation de Pilate et de Caïphe qui n’hésitent pas à broyer un être humain pris dans leurs luttes de pouvoir. Leurs hommes de main sont aussi jugés, eux qui prennent plaisir à dégrader un être humain. Mais ce sont aussi les disciples de Jésus, à commencer par Pierre, qui ont déserté quand les choses ont mal tourné, et plus généralement ce monde qui laisse les forts opprimer les faibles, la veuve, l’orphelin, l’immigré, le handicapé.

Et plus fondamentalement, celui qui est jugé, c’est celui qui se tient derrière tout cela, celui qui pervertit les mots, celui qui asservit la race des hommes dans le péché et la mort, à savoir Satan.

Quelqu’un qui s’appelle Jésus lui a résisté, quelqu’un qui n’est pas entré dans le piège de ses séductions trompeuses, alors Satan s’est jeté sur cette chair d’homme fouettée, humiliée, clouée nue sur une croix, chair tuméfiée par les coups, lacérée par le fouet, déshonorée par les insultes et les crachats.

Satan n’a pas perçu que cette chair n’était pas une chair ordinaire, il n’a pas perçu la divinité qui reposait dans cette chair. En mordant la chair de cet être humain, il n’a pas vu qu’il mordait aussi à l’hameçon de la divinité en lui.

Mes amis, c’est maintenant l’heure où l’envoyé plénipotentiaire de Dieu éjecte du monde l’antique serpent dont le venin a trop longtemps infecté le sang humain.C’est maintenant l’heure d’une crise à l’échelle cosmique qui se joue sur la croix. 

Alors levons les yeux vers la croix, et assistons en compagnie de Marie et de Jean au combat qu’y livre notre chef pour nous.

Serait-ce moi Seigneur ?

Homélie du frère Maurice Billet – Mercredi saint 31 mars 2021

Le Mercredi lors de la messe à la Résidence Sainte-Marthe, le 8 avril dernier, le pape François a déclaré que le mercredi saint est le «mercredi de la trahison». Hier, il était déjà question de trahison, dans le récit de l’évangile de Jean. Aujourd’hui, il s’agit de celui de Matthieu. L’ambiance du dernier repas du Seigneur avec ses disciples est très lourde.

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