Seigneur, mets de l’ordre dans ma vie

Vendredi 3 avril 2020

Prière de saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle)

Seigneur,
mets de l’ordre dans ma vie,
et ce que Tu veux que je fasse,
donne-moi de le connaître,
donne-moi de l’accomplir comme il faut
et comme il est utile au salut de mon âme.

Que j’aille vers Toi, Seigneur,
par un chemin sûr, droit, agréable et menant au terme,
un chemin qui ne s’égare pas entre les prospérités et les adversités,
en sorte que je Te rende grâce dans les choses prospères
et que je garde la patience dans les choses adverses,
ne me laissant ni exalter par les premières,
ni abattre par les secondes.

Seigneur,
que toute joie me fatigue qui est sans Toi,
et que je ne désire rien en dehors de Toi.
Que tout travail, Seigneur, me soit agréable qui est pour Toi
et tout repos insupportable qui est sans Toi.

Donne-moi souvent de porter mon cœur vers Toi,
et quand je faiblis, de peser ma faute avec douleur,
avec un ferme propos de me corriger.
Ainsi soit-il. »

« Puis-je vivre par-delà la mort ? »

Homélie de carême pour le 2 avril 2020 : Gn 17,3-9 ; Jn 8,51-59, par le fr. Christian Eeckhout, op

Aujourd’hui, même si nous sommes proches, même si nous sommes frères, ne sommes-nous pas à distance ? Et même plus, le prochain ne reste-t-il pas un mystère ?

Qui est-il ? Comment le connaître ? En ce temps, quelle rencontre pouvons-nous faire ? L’écouter, le voir vivre, en marcher en sa présence (cf. Gn 17,1), lui faire confiance, m’apprendra bien quelque chose ?

En est-il de même avec Dieu ? Son mystère nous dépasse et nous ne voyons pas clairement qui Il est. Mais au moins Dieu parle. Il a de la conversation ! Avec Abram déjà : il reçoit de Dieu un nom nouveau : Abraham (Gn 17,5). Or le nom ne fait pas que désigner quelqu’un, mais le nom détermine la nature de cette personne. Oui ‘Abraham’ car tu seras « père d’une multitude de nations » (Gn 17,4.6). Dieu lui promet fécondité, une postérité – comme un arbre porte du fruit, – malgré son âge avancé. Ce don de vie est un engagement solennel, « mon alliance avec toi » (Gn 17,4). Et Abraham met sa confiance en une promesse humainement irréalisable. La foi d’Abraham est justement de croire en la capacité de Dieu de donner vie ! Abraham est l’exemple type de celui croit en la parole efficace de Dieu. Et il voit donc son fils Isaac, né de sa femme Sara. (Gn 17,19). Abraham vivra donc par-delà la mort dans sa postérité charnelle. Mais comme c’est « une alliance perpétuelle » (Gn 17,7.19), il se réjouit à nouveau en voyant le « Jour » du Seigneur, celui de l’ « Isaac spirituel », le fils promis par Dieu, Jésus. (Bible de Jérusalem, Cerf, Paris 2000, note f à Jn 8,56).

Dieu se laisse-t-il connaître davantage ? Oui, par l’écoute de « sa parole » (Jn 8,43.47.51) que Jésus a gardé et nous propose de garder à notre tour (Jn 8,52.55). Cette parole de Jésus est vivifiante, c’est sa promesse de « vie éternelle » (Jn 3,16 ; 6,40.47.54.58 ; 1 Jn 1,2). Jésus annonce qu’Il est, lui, la bonne nouvelle de cette alliance de Dieu qui faire vivre par-delà la mort, car la nature de Dieu est d’être. Etre de toujours à toujours, pour toujours le Vivant. Dieu est un « Je suis » permanent, qui subsiste hors espace-temps, l’Eternel. Jésus porte en lui-même ce nom divin (Jn 8,28.58). Les actions de toute sa vie nous permettent de l’accueillir avec confiance. Jésus nous apprend ainsi le mystère de son être : qui Il est et qui nous sommes. Nous, « poussière et cendre » (Gn 18,27), comme Abraham, nous existons dans le temps et l’espace et, par la foi au nom de Jésus, nous vivons par Lui (1 Jn 4,9), dans la vie du monde à venir (Symbole de Nicée-Constantinople), car Dieu fait vivre ! Il est notre première origine et notre fin ultime.

Le Corps du Christ grandit par toutes les générations de croyants à la suite d’Abraham.

Libres !

Homélie du frère Philippe Verdin – Mercredi 1er avril 2020

Libre – Liberté : le mot revient 7 fois dans l’évangile d’aujourd’hui (Jn 8, 31-42)

Libre. Peut-être certains d’entre nous sont entrés dans la vie religieuse pour être libres. Et il n’y a pas trop d’une vie entière pour apprendre à être libre.

Nous apprenons à être libres à l’école de saint Dominique : son amour de la vérité était lié à sa soif de liberté : « la vérité vous rendra libre. »

Nous apprenons à être libre à l’école du Christ. Jésus, souverainement libre quand il fait la volonté de son Père.

Le Christ, libre vis à vis de la loi ;

Le Christ, libre vis-à-vis de sa famille ;

Le Christ, libre vis-à-vis du quand-dira-t-on : « il mange avec les prostitués et les pécheurs ! »

Le Christ libre même vis-à-vis de sa vie. On est vraiment libre que quand on est libre de donner sa vie.

C’est cette ultime liberté, la plus radicale, la plus exigeante, la plus folle que jésus nous enseigne sur la croix.

Contemplons la souveraine liberté du Christ, guidée par l’amour. Recevons, dans cette eucharistie, le goût, de la liberté.

Et toi, qui es-tu ?

Homélie du frère Maurice Billet – Mardi 31 mars 2020

Nous sommes dans le Temple de Jérusalem, près de la salle du Trésor, inaccessible au public. Près de cette salle, Jésus révèle ce qu’il est, le trésor de la réalité divine. Il dit aux pharisiens qu’ils sont d’en bas, ils sont de ce monde. Lui, Jésus est d’en haut, il n’est pas de ce monde. Langage difficile pour les pharisiens, et pour nous aussi.

L’explication, la clé donnée par Jésus est très brève, mais lourde de sens. Il dit : JE SUIS. Il fait référence à l’apparition de Dieu à Moïse dans le Buisson Ardent lorsque Dieu se manifesta pour libérer son peuple de l’esclavage. Avec ce JE SUIS, Jésus s’attribue un rang divin, la nature divine, se faisant l’égal de Yahvé Dieu (Jean 5 18).

Il est livré à un interrogatoire, une enquête sur son identité. Et toi, qui es-tu ?

Voici la réponse de Jésus : Je n’ai pas cessé de le dire. Il existe d’autre traduction : « Je vous le dis depuis le commencement. » La Vulgate traduit, de manière incorrecte, mais très évocatrice : « Je suis le principe, moi qui vous parle. » Au sujet du commencement, rappelons le tout début de l’évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était Dieu. » et « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne me laisse pas seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. »

La personne de Jésus est le lieu même de la révélation. C’est dans le Fils que Dieu peut être reconnu et trouvé comme Père. Et cela se manifeste de la façon la plus éminente sur la Croix. Jésus l’annonce déjà ici dans le texte que nous avons lu : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS. » La Croix permettra à Jésus de passer là où il est, c’est-à-dire dans le Père. La foi en Jésus Fils de Dieu permet de passer de ce monde d’en bas vers le monde d’en haut. Et c’est devant Jésus crucifié que notre foi se vérifie. Le nouveau buisson ardent par lequel Dieu se révèle pleinement est la Croix de Jésus, mystère insondable de la mort et de la résurrection que nous célébrerons à Pâques.

Guide-moi douce lumière

Evangile selon saint Jean 8, 12-20

En ce temps-là,
Jésus disait aux pharisiens :
« Moi, je suis la lumière du monde.
Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres,
il aura la lumière de la vie. »

Guide-moi, douce Lumière,
Dans l’obscurité qui m’entoure,
Guide-moi de l’avant !
La nuit est profonde
Et je suis loin de la demeure ;
Guide-moi de l’avant.

Veille sur mes pas ;
Je ne demande pas à voir
L’horizon lointain ;
Un seul pas à la fois me suffit.
Je n’ai pas toujours été ainsi ;
Je ne T’ai pas toujours prié
De me guider de l’avant.

J’aimais choisir
Et voir ma route ;
Mais maintenant
Guide-moi Toi-même
De l’avant.
J’aimais l’éclat du jour et,
Malgré mes craintes,
L’orgueil dominait sur moi :
Ne Te souviens pas
Des années passées.

Pendant si longtemps
Ta puissance m’a béni ;
Assurément, elle me guidera
Toujours de l’avant,
Par landes et marais,
Rochers et torrents,
Jusqu’à ce que la nuit prenne fin,
Et que le matin me sourient
Ces visages d’anges
Que j’ai toujours aimés
Et qu’un temps je perdis.

Guide-moi, douce Lumière,
Dans l’obscurité qui m’entoure,
Guide-moi de l’avant!

« Lead, Kindly Light », Bienheureux Cardinal Newman


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