Prier, ça s’apprend !

En lien avec l’institut carmélitain Notre-Dame de Vie, nous accueillons une école d’oraison ouverte à tous !

5 mercredis du 18 novembre au 16 décembre
De 19h à 20h30 (horaires spécial couvre-feu)
Informations et inscription : oraison.lille@gmail.com

Une idée qui t’inspire ou une idée qui te possède ?

Homélie du frère Franck Guyen – Dimanche 18 octobre 2020

Notre pays, la France, vient d’être le théâtre d’un énième épisode de violence entre la pensée moderne et la pensée traditionnelle.

Il y a deux jours de cela, un Tchétchène musulman a estimé juste de tuer un enseignant en histoire et géographie au motif qu’il avait illustré son cours sur la liberté d’expression avec des caricatures du prophète Mohamed. Ces caricatures avaient été publiées en 2012 dans le journal satirique Charlie Hebdo en 2012 ; en 2015, deux islamistes radicaux avaient tué douze personnes dans les locaux du journal. Le jeune homme tchétchène pensait sans doute venger l’honneur de Dieu et de son Prophète.

Les journalistes de Charlie Hebdo de leur côté avaient estimé juste de publier des caricatures d’un homme vénéré par des générations de musulmans. Ils estimaient sans doute juste de passer par la caricature pour critiquer l’intolérance religieuse et la contrainte sur les corps et les âmes qu’elle entraîne.

L’enseignant de Conflans-Sainte-Honorine estimait juste de former ses jeunes élèves à l’expression de convictions contradictoires – religieuses ou non – dans l’espace public. Il a estimé approprié d’illustrer son cours par les caricatures publiées dans Charlie Hebdo.

Ma prise de parole veut se situer sur le plan religieux : qu’est-ce que la religion chrétienne peut apporter dans le débat à partir de ses ressources propres ? Elle ne cherche pas à faire écho à ce qui se peut lire dans le journal de Libération, du Monde ou du Figaro.*

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Une Eglise ouverte

Homélie du frère Denis Cerba – Dimanche 11 octobre 2020

Vous l’avez sans doute remarqué, nous entrons dans le temps des grandes paraboles évangéliques : la parabole de la vigne dimanche dernier, la parabole du festin de noces aujourd’hui — et bientôt viendront la parabole des vierges folles et des vierges sages, puis la parabole des talents. Toutes ces paraboles nous orientent dans une seule et même direction, celle de la fin des temps, de l’horizon eschatologique, comme on dit savamment. C’est que la fin de l’année approche, et qu’à cette occasion la liturgie nous invite résolument à faire l’effort de regarder au plus loin : de nous extraire de nos problèmes, petits ou grands, et de considérer l’horizon final de tout cela. Vous l’avez entendu, le prophète Isaïe, nous promet qu’à la fin des temps « le Seigneur préparera un festin et essuiera les larmes sur tous les visages ». Il n’y a pas à douter, je crois, que Dieu ne nous conduise vers un avenir meilleur, que c’est à quoi il s’emploie jour après jour, que ça a déjà commencé, qu’on en est déjà dans ce monde pour ainsi dire à l’apéritif du banquet final, qu’en dépit de toutes les épreuves que nous pouvons traverser Dieu ne soit déjà auprès de nous pour essuyer nos larmes, comme le dit le prophète. Saint Matthieu lui aussi voit tout se terminer par un festin, un festin du type le plus joyeux qui soit, un festin de noce — mais avec quand même une petite note discordante par rapport à Isaïe : en dehors de la salle de noce, « dans les ténèbres du dehors », « là, il y aura » bien encore « des pleurs et des grincements de dents », et apparemment personne pour les essuyer… Alors n’interprétons pas cela de façon trop hâtive, comme s’il était évident qu’à la fin il y aura un tri entre les bons et les méchants, que les élus seront peu nombreux — et qu’évidemment on en fera partie ! On verra que le message de Saint Matthieu est en fait de teneur assez différente.

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Voyant le fils de loin…

Homélie du frère Franck Guyen – Dimanche 4 octobre 2020

Il y a de la bonté dans ce monde qui est capable de donner de merveilleux fruits. Il y a de la bonté en nous, nos vies savent porter de bons fruits. Les croyants de la Bible disent que cette bonté renvoie à une autre bonté, celle de Quelqu’un au-delà de ce monde, qu’ils appellent Dieu.

Cependant, une tendance lourde de notre époque considère que ce monde est à notre libre disposition, et que nous pouvons en faire ce que nous voulons. Cette terre et tout ce qu’elle abrite – les plantes, les animaux et l’humanité – sont à moi et j’en fais ce que je veux. Ma vie est à moi, j’en fais ce que je veux.

Eh bien non, cette terre ne nous appartient pas, elle nous est confiée et nous aurons à rendre compte de notre gestion. Eh bien non ! Ma vie ne m’appartient pas, elle m’est confiée et j’aurai à rendre compte de ce que j’en ai fait, entre le moment où je suis né et le moment où je vais mourir.

Il est vrai que Dieu est loin, il est vrai qu’il est parti en voyage depuis longtemps, il est vrai qu’on ne le voit pas, mais il n’est pas nécessaire d’être croyant pour savoir qu’il y a des choses que nous avons le droit de faire – de cette terre, de notre vie – et d’autres qui ne sont pas permises

Pourquoi ? Parce que la bonté dans ce monde et dans nos vies a des droits : les respecter, c’est se montrer juste, les violenter, c’est se montrer injuste.

Et nous les croyants chrétiens, nous croyons que le Père a envoyé son Fils nous rejoindre. Il a revêtu une tunique de chair, toute diaprée de la divinité, lui en qui Dieu a mis tout son amour, et il a été donné aux apôtres de voir ce qu’est une chair transfigurée, et à nous aussi quand nous avons éprouvé lors de moments précieux combien nous pouvons être beaux, combien cette création peut être belle, dans la lumière de Dieu.

Nous voyons Jésus au loin sur la route, il se rapproche de nous, et un jour nous le verrons face à face, visage à visage. Pour l’instant, nous le voyons de loin, mais déjà en nous la bonté s’échauffe, elle irradie, et petit à petit les choses qui empêchent cette bonté de s’exprimer se dissolvent, comme un brouillard qui s’évapore au soleil.

En conclusion, mes amis, je vais présenter au Seigneur les offrandes de la Création et de l’humanité au moment de l’offertoire pendant la messe.

Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre – silence – et du travail des hommes – silence -. Nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie.

Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne – silence – et du travail des hommes – silence. Nous te le présentons, il deviendra le vin du Royaume éternel.

L’action eucharistique, ou la fine pointe de ce que la création et l’humanité peuvent offrir comme fruit le plus précieux et le plus agréable à Dieu, par l’intermédiaire de l’Église, le Corps mystique du Christ.


Que ta volonté soit faite

Homélie du frère Benoît Ente – Dimanche 27 septembre 2020

Mardi, je suis allé au cinéma pour voir le film les choses qu’on dit, les choses qu’on fait de Emmanuel Mouret. Un film sur l’amour, l’amour comme dit le frère Jean-Pierre. Un film que je vous recommande et dont le titre aurait pu être celui de la parabole de Jésus. Le cinéma a cette capacité de jouer des écarts entre ce que les personnages disent et ce qu’ils font, entre ce que les paroles expriment de leurs intentions, leurs exigences, et ce que les images montrent de leurs actes. 

Jésus, lui, ne fait pas du cinéma, mais tout de même, les petites histoires qu’il nous raconte et que nous appelons paraboles partagent un objectif du cinéma : ouvrir nos yeux sur la réalité de notre condition humaine. Qu’est ce que cette parabole du père et ses deux fils veut nous dire ? 

Commençons par le deuxième. Comme il nous ressemble vous ne trouvez pas ? Combien de fois ai-je promis de rendre un service, d’écrire à quelqu’un, de donner des nouvelles et finalement je ne l’ai pas fait pour des tas de très bonnes raisons. Combien de bonnes résolutions ai-je prises sans les tenir ? La sœur Jeanne d’Arc traduit la réponse de ce deuxième fils par « Moi, oui ! Seigneur ! » sous entendu, moi à la différence des autres. Exactement, comme le premier des apôtres, Pierre. Lorsque Jésus annonce à ses disciples qu’ils vont l’abandonner, Pierre répond « Si tous chutaient à cause de toi, MOI, jamais je ne chuterai ! » 

Ce deuxième fils se croit supérieur aux autres, parfait, irréprochable. C’est là son problème.   Je l’imagine prier comme le pharisien : « je te rends grâce Seigneur de ne pas être comme ce publicain, je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. » En fait, ce deuxième fils se prend pour Dieu. Il se croit invulnérable, lisse à la manière de ces héros qui ne mentent jamais, qui ne trichent jamais, qui n’ont jamais de défaillance et qui renvoient une image idéalisée de nous-même. 

Au contraire, le premier fils est capable de dire « je me suis trompé, je t’ai fait du mal, je regrette. » C’est peut-être cela justement faire la volonté du Père et devenir disciple : être capable de reconnaître une faiblesse et modifier son comportement en conséquence. Jésus prend d’ailleurs en exemple les publicains et les prostituées qui ont cru en Jean le baptiste. Or Jean-Baptiste donnait un baptême de conversion en vue du pardon des péchés. Quand ils allaient voir Jean, les publicains et les prostituées reconnaissaient implicitement qu’ils n’étaient pas tout blanc et qu’ils avaient besoin d’une conversion. C’est précisément ce geste d’humilité que n’ont pas su faire les grands prêtres et les anciens convaincus de leur impeccabilité. 

Et oui, travailler dans la vigne du Père, faire l’œuvre de Dieu, ce n’est pas d’abord un agenda à remplir, c’est d’abord une conversion à opérer, un abaissement à accepter. Si Jésus s’est abaissé comme le dit St Paul, c’est pour nous entraîner avec lui dans ce mouvement humble d’acceptation de notre propre fragilité.

Dans le film dont je parlais plus haut, il y a un personnage, Daphné avec une certaine exigence morale. Or elle aussi fait l’expérience d’une faille d’un écart entre ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Et paradoxalement, cette faille l’oblige à choisir, à décider de rester avec tel homme plutôt qu’un autre. Or cet acte de la volonté vient apporter à son amour pour cet homme ce qui lui manquait. 

L’evangile est rempli de ces personnages qui font l’expérience de leur défaillance et à travers cette défaillance se convertissent. Pensez au fils prodigue, à la prière du publicain ou encore à l’apôtre Pierre. Il fallait que Pierre renie son Seigneur pour que viennent ses yeux des larmes de conversion, pour qu’il découvre l’infini de l’amour du Christ pour lui. C’est peut-être cette expérience fondamentale, plus que sa confession de foi, qui a donné à Pierre la stature de devenir une des colonnes de l’Eglise du Christ.

Même Jésus fait l’expérience de la fragilité de sa nature humaine. « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! » Jésus ne veut pas aller vers sa passion. Exactement comme le premier fils de la parabole qui répond « Je ne veux pas » Et c’est précisément au moment où Jésus exprime sa réticence qu’il reçoit la force d’aller de l’avant. « Que ta volonté soit faite ! »

Chers frères et sœurs, que cette parole du Christ soit la nôtre aujourd’hui face à la crise sanitaire que nous traversons, face au défi climatique que nous affrontons, face au pauvre que nous accueillons. Que ta volonté soit faite. Amen.

Couvent Saint-Thomas d'Aquin, 7 avenue Salomon – 59000 Lille – 03 20 14 96 96