Qui écoutons-nous ?

Homélie du frère Nicolas Burle, dimanche 18 juillet 2021

Nous pouvons répondre à cette question d’un point de vue quantitatif.

Nous savons que lorsque nous étions enfants, nos parents étaient nos interlocuteurs quasi exclusifs. Nos premiers éducateurs. Rapidement l’école a pris le relais et nous avons écouté plusieurs heures par jour et pendant des années nos professeurs. Les frères et sœurs ont leur influence. Les amis également. Si vous êtes mariés, vous comptez également avec votre conjoint plusieurs milliers d’heures de conversation. D’autres personnes remplissent nos oreilles depuis des années : combien d’heures passons-nous chaque jour à écouter la radio ou la télévision ? 

Si nous devions faire les comptes au bout d’une journée, quelle part consacrons-nous à écouter les informations du monde et quelle part pour l’écoute de la Parole de Dieu ? Peut-être n’est-ce pas étonnant que la Parole de Dieu le dimanche nous passe tellement au-dessus de la tête. Puisque nos oreilles sont saturées toute la semaine par d’autres paroles. Je fais le vœu qu’aujourd’hui à la messe, nous puissions venir à l’écart nous reposer un peu et que nous puissions écouter vraiment.

Mais je ne crois pas que la quantité soit le seul critère. Nous avons passé des années à l’école, qu’en avons-nous retenu ? Nous avons assisté à des centaines de messes et nous avons écouté des centaines d’homélies, qu’en avons-nous retenu ? En avons-nous même retenu une seule ? Nous pourrions nous consoler comme ces deux moines qui discutaient à la vaisselle. Comment as-tu trouvé l’homélie mon frère ? Magnifique. Et qu’en as-tu retenu ? Rien ! Comment ça rien ? Vois : mon âme est comme cette assiette, elle ne retient pas l’eau qui lui glisse dessus mais maintenant elle est propre. C’est consolant mais c’est un peu court. Nous pourrions alors peut-être nous dire que le plus important c’est de s’écouter soi-même et que la parole des autres n’est pas si importante. Mais le grand penseur Érasme nous prévient : « Celui qui n’écoute que lui-même est dirigé par un sot. » Alors qui écoutons-nous ? Qui sont nos pasteurs ?

Des hommes et des femmes on fait le tour du lac de Galilée en courant pour venir écouter Jésus. Peut-être n’ont-ils entendu Jésus qu’une seule fois mais cette Parole a changé leur vie. Elle a donné radicalement et définitivement une autre direction à leur vie. Avons-nous conscience que la Parole de Dieu a le pouvoir de changer notre vie ? Est-ce que les lecteurs de la première lecture et de la deuxième lecture avaient cela en tête et dans leur cœur quand ils ont proclamé la Parole de Dieu ? Nous devrions lire cette Parole avec foi : ce n’est pas seulement une information, mais la rencontre avec une personne qui va donner à ma vie une orientation décisive. Comme une demande en mariage. Rien ne sera plus jamais pareil. Je suis libre de dire oui ou de dire non mais il y aura dans ma vie un avant et un après. Alors que vais-je répondre : oui ou non ?

En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement. 

Suis-je saisi de gratitude pour Jésus qui m’adresse la parole ? Je ne suis plus une brebis sans berger. Il me conduit lui-même avec tout son troupeau qui est l’Église par le juste chemin vers les eaux tranquilles et les prés d’herbe fraîche. Ai-je de la gratitude dans ma prière pour les pasteurs que le Seigneur donne à son Église : le Pape et les évêques ? 

Suis-je saisi de compassion comme Jésus face à la foule ? Ses apôtres reviennent à peine de leur première mission qu’ils reçoivent ce dimanche une nouvelle leçon : Jésus ne s’arrêtera pas d’enseigner tant qu’il y aura des brebis sans bergers.

Vous qui venez dans l’église des Dominicains chaque dimanche ou qui êtes de passage, vous n’êtes pas là par hasard. Ici, nous formons des Prêcheurs, des chrétiens qui veulent prendre la parole.

Des chrétiens, qui croient profondément à la puissance de la Parole de Dieu. Mais il ne suffit pas d’être croyant, encore faut-il être pratiquant, mettre en pratique cette parole dans toute notre vie. En paroles et en actes. Mais il ne suffit pas d’être croyant et pratiquant, encore faut-il être aimant et faire de sa vie un don. Car il n’y a pas de plus grande parole que celle que le Christ a prononcée et dont nous faisons mémoire à chaque messe : « Ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude. » Puissions-nous prêcher cette parole par toute notre vie.