Consolation

Homélie du frère Philippe Verdin – Fête de la Présentation au Temple – 2 février 2022

« Lorsque l’enfant parait, le cercle de famille 

Applaudit à grands cris.

Son doux regard qui brille

Fait briller tous les yeux,

Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,

Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,

Innocent et joyeux. » 

Le vieux Victor Hugo pensait peut-être au vieux Siméon.

Expérience universelle, l’enfant qui naît éblouit et réconcilie. La paix est son apanage.

Dans cet évangile, ce n’est pas le titre de « prince de la paix » qui est dédié au bébé, mais celui de « Consolation d’Israël ». Siméon attend la consolation d’Israël.

Siméon attend qu’un sauveur apporte la consolation au peuple qui souffre l’occupation étrangère, la menace de la déportation et la répression. Siméon attend qu’un sauveur restaure la gloire du peuple et prouve ainsi la puissance de Dieu. Et nous, nous attendons que Dieu s’approche de nous. Nous rêvons que Dieu nous couronne d’amour et de tendresse, comme dit le psaume 103, qu’il essuie nos larmes et nous console. Nous avons besoin d’être consolé. Consolé de quoi ? Des humiliations, des échecs, du mal qu’on nous fait. Mais nous avons aussi besoin d’être consolé du mal que nous avons commis, de notre médiocrité, de notre innocence perdue. 

    Jésus est le Dieu qui vient nous consoler. Celui que le prophète Isaïe avait annoncé : « Je suis celui qui vous console, le Seigneur qui essuie les pleurs sur tous les visages. » Celui qui parlait par la bouche du prophète Jérémie : « Je changerai vos deuils en allégresse, je vous consolerai ». Celui qui dit dans les béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ».

    Jésus, c’est le Dieu de la consolation. Il est venu me consoler. 

Il faut toute une vie de proximité avec le Christ pour que nous soyons consolés, tant est profonde notre tristesse. L’écrivain Henri Calet disait : « Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. » Nous sommes tristes car nous savons que nous sommes mortels, que ceux que nous aimons sont fragiles, que la vie est blessure de chaque instant, que le mal écrase, ruine et salit. Le Christ nous tient la main, il essuie nos larmes, il réchauffe notre cœur, il ranime notre espoir. 

    Á charge pour nous de consoler. St François d’Assise nous y invite : « Que je cherche moins à être consolé qu’à consoler… » ; et St Paul dans la 2ème lettre aux Corinthiens mentionne 9 fois en 5 versets la « consolation » : « Le Dieu de toute consolation, qui nous console de nos peines, afin que par la consolation que nous-mêmes nous recevons de Dieu, nous puissions consoler les uns les autres… »

    Être consolé par Dieu pour pouvoir à notre tour devenir des consolateurs. Magnifique programme pour l’Eglise. Nous vivons dans un monde où la consolation est urgente. Mais Dieu, qui le consolera ? C’est peut-être la vocation de certains d’entre nous d’être les consolateurs de Dieu. Ainsi Thérèse de Lisieux. Les consolateurs de Dieu, ceux qui restent éveillés dans la prière à Gethsémani aux côtés du Christ. Quand nous consolons les petits, les exilés, les humiliés, les délaissés, c’est toujours le Christ qui console par nous, et c’est en même temps le Christ que nous consolons.

    Dans ce mystère profond où Dieu se manifeste à nous comme le consolateur, les femmes jouent un rôle de premier choix. Nicolas Cabasilas, un mystique orthodoxe du XVème siècle écrivait : « Dieu s’est fait homme pour avoir une mère ». Les mères sont douées pour consoler. Dieu a voulu naître d’une femme pour pouvoir être consolé. 

Qu’aujourd’hui Marie console son fils, que son fils nous console et que nous apprenions par eux à consoler ceux qui sont dans la peine. Que la joie de Siméon se communique comme la petite flamme qui a volé tout à l’heure de cierge en cierge.

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