POUR QUE VOUS SOYEZ LIBRES


Homélie du frère Benoît Ente
 

POUR QUE VOUS SOYEZ LIBRES
20ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Nous connaissons Jésus comme le Prince de la Paix. Dans notre imaginaire et dans nos prières, il est celui qui rassemble, qui unit. Il proclame d’ailleurs heureux les artisans de paix. Et aujourd’hui il nous apprend qu’il est venu apporter la division. Franchement il faudrait savoir. Jésus apporte-t-il la paix ou la division ? Dans les Ecritures, une apparente contradiction est toujours une occasion pour affiner notre intelligence.

Bien sûr Jésus veut la paix et il apporte la paix. Saint Luc, l’auteur de l’Evangile considère cela comme acquis. Mais cette paix apportée par Jésus, si précieuse, est anéantie par le mensonge, l’hypocrisie, la rancune, la volonté de domination, l’appétit insatiable de richesses. Pour qu’une paix soit possible, il nous faut au minimum vouloir la vérité, le pardon, la justice, une certaine sobriété. Sans cela, la paix est illusoire. Ou alors elle est un accord provisoire entre tyrans qui y voient chacun leur intérêt en attendant la guerre qui ne manquera pas de faire rage entre eux.

Pour la paix frères et sœurs, une conversion, un mouvement intérieur est nécessaire. Dans notre jargon chrétien, cela s’appelle le baptême. N’est-ce pas Jésus lui-même qui parle justement de baptême ? Le baptême est le sacrement de la conversion. Quand nous sommes baptisés, nous nous tournons vers Jésus, vers sa lumière et avec lui nous choisissons la vérité, l’esprit de service, le pardon, ce qu’il est lui-même. En fait, nous choisissons les conditions indispensables à la paix.

Et ne croyons pas que seuls les baptisés remplissent ces  conditions. A l’extérieur de l’Église, des femmes et des hommes de bonne volonté sont aussi des artisans de paix. Remarquez dans la première lecture, c’est un éthiopien, Ebed-Melek, probablement un païen qui devient le samaritain du prophète Jérémie et qui lui rend la vie sauve.

Dans la bouche de Jésus, quand le père se dresse contre le fils, le fils contre le père, il le fait au nom de l’Evangile, au nom de son baptême. Jésus veut nous dire l’importance fondamentale de notre conversion. Elle est plus importante que nos liens de sang. Par ses paroles, Jésus nous offre une extraordinaire liberté. Bien sûr Jésus veut que nos familles soient unies. Mais il ne veut pas que les liens de sang, qu’une culture familiale étouffante empêche notre route vers Dieu. Abraham a dû quitter sa famille pour vivre l’aventure du Dieu unique et devenir le Père des croyants. Seule la conversion du cœur, le choix radical de la lumière peut un jour assurer la communion dans une famille. Et soyons certains que la lumière finit toujours par attirer ceux qui l’aperçoivent de loin.

La parole de Jésus est tranchante, elle sépare, elle distingue la lumière et les ténèbres, comme au jour de la création. Cette séparation n’est pas d’abord extérieure à nous-mêmes comme si il y avait le camp des bons et le camp des méchants. Non la vie n’est pas un film de super héros. Cette séparation entre ombre et ténèbre est à faire d’abord en nous-même. Il est possible que ce geste nous amène à quitter un lieu ou une communauté humaine comme Abraham, à nous lever contre le mensonge ou l’hypocrisie comme Jérémie, à affronter des épreuves, la souffrance, les persécutions et même la mort comme Saint Paul. Dans tout cela nous serons vainqueurs si nous menons le bon combat, le combat intérieur, le combat de la lumière.

Pour mener ce combat, il ne s’agit pas de prendre les armes et de bander ses muscles, mais plutôt d’abandonner ce qui n’est pas essentiel ou ce qui ne conduit pas à l’essentiel, Jésus, l’amour de Dieu, l’amour du prochain, en fait ce que nous emporterons en paradis. Aujourd’hui, dans cette Eucharistie, le Seigneur mène le combat pour nous et dans le partage du pain et du vin, il nous donne la force, le désire, l’amour pour marcher à sa suite et recevoir sa vie. Amen.