La haine

Homélie du frère Rémy Valléjo – Samedi 16 mai 2020

« Si le monde vous hait, dit Jésus, sachez que moi aussi, il m’a pris en haine avant vous. » (Jn 15, 18)

La haine,
vous la connaissez. 
Nous la connaissons tous, hélas, sous différents modes,
de loin, comme de près et parfois de très près.

C’est non seulement un film des années 90, « La haine » de Mathieu Kassovits, qui évoque la déshérence sociale de jeunes banlieusards.
Mais c’est aussi les récentes tentatives de législation contre les déferlements de haine délétère sur les réseaux sociaux 

La haine,
il y a une trentaine d’années,
je l’ai vue de près dans pays où, quotidiennement, il fallait se frayer un chemin entre la haine et le mépris,
la haine des uns – les Palestiniens – suscitée et nourrie jour après jour par le mépris des autres  – les Israéliens.  

La haine est la défiguration de toute humanité,
comme l’est tout autant, si ce n’est plus encore, le mépris qui la suscite.

Qu’est-ce que le mépris ? 
Mépriser, en vieux français, c’est « mes-proiser », c’est-à-dire dédaigner le prix. 

Dès lors mépriser quelqu’un, 
c’est non seulement le dédaigner, dédaigner le prix de sa vie et dédaigner le prix de ce qu’il est,
mais c’est aussi afficher « le prix de la haine »
Or Jésus n’a jamais méprisé qui que ce soit, 
car il n’a jamais manifesté et ne manifeste que l’amour de son Père, Celui qui, selon la parole prophète Isaïe, dit à tout homme : «  tu as du prix à mes yeux et je t’aime ».  (Is 43, 4)

À la veille de sa Passion,
« ayant aimé les siens jusqu’à la fin », Jésus lave les pieds de ses disciples et leur dit :
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 13, 34)
Autrement dit, il leur dit : « Reconnaissez entre vous le prix que vous avez tous et chacun aux yeux de Dieu. »
Ainsi, Jésus, détruisant le mépris, détruit « le prix de la haine ». 

En ce 16 mai,
nous commémorons le centenaire de la canonisation, en 1920, de Jeanne d’Arc.
Lors de son procès,
objet de vil mépris  – femme, écervelée et relapse -, Jeanne est méprisée par ses juges.
Mais consciente que Dieu peut la mettre ou la garder dans sa grâce,
car elle sait qu’elle a du prix à ses yeux,
elle n’a jamais méprisé ses adversaires. 

Au milieu des haines déchainées du monde,
puissions-nous ne pas tomber dans le mépris, 
le « prix de la haine »,
en accordant à tout homme le prix qu’il a aux yeux de Dieu.