Voyant le fils de loin…

Homélie du frère Franck Guyen – Dimanche 4 octobre 2020

Il y a de la bonté dans ce monde qui est capable de donner de merveilleux fruits. Il y a de la bonté en nous, nos vies savent porter de bons fruits. Les croyants de la Bible disent que cette bonté renvoie à une autre bonté, celle de Quelqu’un au-delà de ce monde, qu’ils appellent Dieu.

Cependant, une tendance lourde de notre époque considère que ce monde est à notre libre disposition, et que nous pouvons en faire ce que nous voulons. Cette terre et tout ce qu’elle abrite – les plantes, les animaux et l’humanité – sont à moi et j’en fais ce que je veux. Ma vie est à moi, j’en fais ce que je veux.

Eh bien non, cette terre ne nous appartient pas, elle nous est confiée et nous aurons à rendre compte de notre gestion. Eh bien non ! Ma vie ne m’appartient pas, elle m’est confiée et j’aurai à rendre compte de ce que j’en ai fait, entre le moment où je suis né et le moment où je vais mourir.

Il est vrai que Dieu est loin, il est vrai qu’il est parti en voyage depuis longtemps, il est vrai qu’on ne le voit pas, mais il n’est pas nécessaire d’être croyant pour savoir qu’il y a des choses que nous avons le droit de faire – de cette terre, de notre vie – et d’autres qui ne sont pas permises

Pourquoi ? Parce que la bonté dans ce monde et dans nos vies a des droits : les respecter, c’est se montrer juste, les violenter, c’est se montrer injuste.

Et nous les croyants chrétiens, nous croyons que le Père a envoyé son Fils nous rejoindre. Il a revêtu une tunique de chair, toute diaprée de la divinité, lui en qui Dieu a mis tout son amour, et il a été donné aux apôtres de voir ce qu’est une chair transfigurée, et à nous aussi quand nous avons éprouvé lors de moments précieux combien nous pouvons être beaux, combien cette création peut être belle, dans la lumière de Dieu.

Nous voyons Jésus au loin sur la route, il se rapproche de nous, et un jour nous le verrons face à face, visage à visage. Pour l’instant, nous le voyons de loin, mais déjà en nous la bonté s’échauffe, elle irradie, et petit à petit les choses qui empêchent cette bonté de s’exprimer se dissolvent, comme un brouillard qui s’évapore au soleil.

En conclusion, mes amis, je vais présenter au Seigneur les offrandes de la Création et de l’humanité au moment de l’offertoire pendant la messe.

Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre – silence – et du travail des hommes – silence -. Nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie.

Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne – silence – et du travail des hommes – silence. Nous te le présentons, il deviendra le vin du Royaume éternel.

L’action eucharistique, ou la fine pointe de ce que la création et l’humanité peuvent offrir comme fruit le plus précieux et le plus agréable à Dieu, par l’intermédiaire de l’Église, le Corps mystique du Christ.