L’éloge du bon sommeil 

Homélie du frère Franck Guyen – Vendredi 29 janvier 2021

« En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort. » (ps. 126)

Je retiens de la parabole de ce jour le bon sommeil du semeur. Le jour, il travaille dur, il bêche la terre autour de la graine, il l‘arrose, il l’enrichit par de l’engrais, il enlève les mauvaises herbes et il fait la guerre aux parasites. La nuit par contre, il dort tranquillement.

D’où vient sa tranquillité ? je dirai qu’il a fait tout ce qui dépendait de lui pendant le jour, et qu’il s’en remet à la graine pour faire ce qu’elle a à faire. Il sait que tout ne dépend pas de lui, il fait confiance à la vitalité de la graine qui lui est propre : le semeur peut accompagner et protéger la croissance de la graine, il n’est pas à l’origine de sa fécondité qui vient d’ailleurs – de la bénédiction divine nous dit le premier récit de la Création.

Je crois que nous avons à apprendre de ce semeur qui dort la nuit, surtout quand nous venons d’une culture occidentale qui valorise la lumière, l’intelligence, qui ne veut rien laisser dans l’obscurité, qui veut tout comprendre, tout articuler rationnellement, tout dire, et spécialement nous les Français qui aimons tant les idées.

Nous risquons alors d’accueillir la Parole de Dieu – la graine de la parabole – seulement au niveau cérébral, alors qu’elle est certes faite pour se déployer vers le haut, vers la lumière, mais aussi vers le bas, vers le cœur et plus profondément encore vers les entrailles, – comme la graine qui plonge ses racines vers le bas, là où c’’est sombre, humide, grouillant d’une vie informe mais nécessaire au développement de la plante.

C’est tout l’homme, cerveau, cœur et entrailles, qui est appelé à la résurrection – à l’entrée dans la gloire divine. Alors c’est vrai qu’on ne sait pas trop comment Dieu va s’y prendre, mais faisons Lui confiance, et sachons fermer les yeux et nous en remettre à Lui quand nous avons fini notre part.

Ma conclusion. Mes frères et sœurs, quand nous regardons le Christ sur la croix ou l’hostie dans l’ostensoir, nous réfléchissons, nous voulons voir et comprendre. Mais le Fils de Dieu nous regarde lui aussi, du haut de la croix ou de l’ostensoir, alors quand c’est le moment, baissons les paupières, jusqu’à les fermer complètement et peut-être même jusqu’à nous endormir, enveloppés de Sa présence, dans la confiance qu’Il est là, et qu’Il travaille en nous, visiblement et invisiblement.