Carême : noviciat de gloire

Homélie du frère Yves Habert – Mercredi des Cendres

Nous venons d’entendre cette petite musique du carême extraite du discours sur la montagne. N’oublions pas que ce discours est adressé à tous, une foule mélangée, et pas trois ou quatre champions de l’ascèse à l’entraînement !

L’Evangile offre le remède classique pour nous guérir du péché et aussi le bon vaccin pour permettre que le péché n’adhère pas, ne touche pas les cellules de notre cœur pour nous rendre malades. Tous les ans, une piqure-rappel, avec le péché pas d’immunité acquise une fois pour toutes. 

40 jours ni plus, ni moins, comme une sorte de noviciat. Pour cette terre seulement ? Comment comprendre ?

Dans la discrétion voulue : enlever le masque de la vertu par rapport aux frères

N’oublions-pas, avant de critiquer les pharisiens, que dans l’Antiquité le jeûne était public (pensez à Jonas) ; la prière aussi comme l’aumône. C’est le vieux fond religieux et Jésus nous avertit :

Non pour paraître (être par les autres se montrer, projeter une image religieuse idéale de soi pour exister dans le regard des autres) mais être pour les autres dans l’aumône, dans la vie qui vaut plus que la nourriture ou pour Dieu dans la prière.

De fait, il ne faudrait pas que la religion, les exercices de religion, soit utilisés pour se « servir au passage », s’afficher dans sa perfection ascétique et finalement se couper des autres. On comprend bien qu’on passerait à côté de ce temps de grâce.

Discrétion obligée, mais, comme rien n’est jamais simple, n’a-t-elle pas justifiée l’attitude du chrétien qui rase les murs, s’excusant d’exister ? Tout est affaire d’équilibre.

Réparer le vivant : enlever le masque d’une perfection imaginaire par rapport à Dieu

  1. Le jeûne, la prière, l’aumône nous font toucher nos limites. Un peu d’humilité ça ne fait jamais de mal ! Je ne suis pas parfait, tenir trois ou quatre jours ok, mais quarante c’est plus difficile. 
  2. Au lieu de nous enfoncer davantage, je me présente tel que je suis : pour être aimé vraiment. Non la projection idéale de moi-même sur laquelle la grâce n’accroche pas, mais moi. Non offrir à Dieu l’idée de quelqu’un de parfait parce que Dieu ne peut pas aimer une vision idéale de nous-mêmes, ça n’existe pas, c’est virtuel.
  3. Finalement le carême devient un lieu de guérison : 

Le cœur dans la prière pour lui rendre sa souplesse, sa capacité d’émotion et son énergie

Le ventre dans le jeûne pour lui apprendre qu’être rassasié ne comble pas forcément

Les mains dans l’aumône pour qu’elles n’attrapent pas la crampe de fermeture

C’est avec la communauté auquel j’appartiens, ma famille, mon lieu de vie, mon réseau que je « fais carême ». C’est cela que Dieu aime à travers nous si nous nous les présentons tels qu’ils sont. Je ne présente pas une famille rêvée, une communauté ou une assemblée rêvée, ça n’existe pas et Dieu ne peut donc pas l’aimer.

Se parfumer la tête en sachant la victoire déjà acquise et pour l’annoncer. Le ciel c’est le monde démasqué. Nous serons sans masque devant nos frères et devant Dieu. Préparons-nous !