Tu es le Christ

Homélie du frère Emmanuel Dumont – Dimanche 12 septembre 2021

1.1        Nom, titre et fonction

1.1.1       Qui pose la question ?

Pour vous qui suis-Je ? Si aujourd’hui, Jésus vous posait la question, que répondriez-vous ? En fait, il vous pose déjà la question. A travers les enfants qui vous demandent un jour qui est Jésus ? A travers les collègues ou les amis qui vous demandent un jour qu’est-ce que c’est un chrétien ?

1.1.2       Que répondez-vous ?

Pour vous qui suis-Je ? Qu’est-ce que vous répondriez alors ? Parfois, on désigne les gens par leur nom de famille : mais, Christ, ce n’est pas un nom de famille… Parfois, on désigne les gens par leurs liens familiaux ou leur fonction : mon frère, mon prieur…. Est-ce que Christ, c’est une fonction ? Et bien, oui, Christ, c’est une fonction. Un Christ, ça sert à quelque chose. Quand Jésus demande à Pierre qui il est pour lui, plus profondément, il lui demande ce qu’il attend de lui. Il lui demande, et pour toi, Pierre, à quoi je peux te servir. Et pour vous, à quoi Jésus peut vous servir ?

1.1.3       La réponse de Marc

Tu es le Christ ! Cette réponse de Pierre arrive au cœur de l’Evangile de Marc. Nous sommes au milieu de l’Evangile, à son pivot, au cœur de son initiation. Pour de nombreux marciens, de nombreux spécialistes de Marc, c’est même le cœur de l’Evangile : dans tout son Evangile, Marc cherche à nous faire comprendre qui est Jésus. Ce cœur, Marc l’annonce déjà dès son titre, au premier verset : Commencement de l’Evangile de Jésus Christ, Fils de Dieu.

1.2        L’oint, roi, prophète, et prêtre

1.2.1       Celui qu’on attendait

Au temps de saint Pierre, on attendait un messie, on attendait quelqu’un qui pourrait instaurer la paix dans le monde et dans les cœurs. Et vous, qu’attendez-vous ?

1.2.2       Le messie : l’oint

Voilà, Jésus est Christ. C’est super. Mais c’est quoi un Christ, si ce n’est pas un nom de famille ? Le mot Christ, c’est le mot grec qui traduit le mot hébreux Messie. Et les deux mots décrivent l’onction d’huile. Le Christ, c’est le messie, c’est l’huilé, l’oint, celui qui a reçu l’onction.

1.2.3       Le Christ du Royaume

Il y a les rois d’abord : vous vous souvenez que Saül a reçu une onction d’huile par Samuel et qui protège le peuple élu. Et puis, ce sera le tour de David et de Salomon, ces figures de sagesse. 

On parle aussi de l’onction de Jéhu, ce roi qui va renverser les mauvais rois et protéger les prophètes. L’oint : c’est celui qui est choisi par Dieu pour faire régner la Justice de Dieu, pour faire s’accomplir les promesses de Dieu. 

Et Isaïe parle même de Cyrus comme d’un messie, le Christ Cyrus. Le fondateur de l’empire perse est un messie parce qu’il délivre les juifs de la captivité à Babylone et qu’il les laisse reconstruire le Temple.

Peut-être attendons-nous de tels rois, des personnes qui nous apportent la paix, qui nous défendent de l’injustice, qui nous défendent des menaces politiques, militaires ou violentes de nos voisins ?

En effet, les rois oints, les rois christs, ce sont eux qui font advenir le Royaume de Dieu. Ils protègent, ils libèrent, ils font régner la justice. Or n’est-ce pas ce que fait Jésus : il prêche le Royaume de Dieu et en nous communiquant la vie éternelle, il le fait advenir concrètement, réellement.

1.2.4       Le Christ prêtre

On oint d’huile aussi tout ce qui est sacré : Jacob oint d’huile la pierre sur laquelle il a fait son rêve. Il oint d’huile la pierre où il a négocié la paix avec son voisin. Les lévites oignent d’huile tout le temple et son matériel. Oindre d’huile, c’est rendre saint, c’est rendre proche de Dieu.

On oint ainsi d’huile les prêtres. Aaron reçoit l’onction avec ses fils. Et ce sont eux, les premiers prêtres qui célèbrent la prière du peuple. Ce sont eux les intermédiaires entre le peuple et Dieu. Ce sont eux qui intercèdent pour le peuple, et qui prient pour le pardon de leur péché, ce sont eux qui rendent gloire à Dieu en leur nom.

C’est vrai que nous voulons la paix, mais au fond, plus profondément, n’est-ce pas Dieu, l’auteur de toute paix que nous souhaitons ? Nous voulons la sécurité, mais plus que la sécurité, n’est-ce pas la sainteté que nous cherchons ?

Tout cela, c’est le Christ, Jésus, qui le réalise. C’est lui qui est le saint des saints. C’est lui qui, monté au ciel, intercède auprès du Père, il nous représente, il prie pour nous. Et aujourd’hui encore, il préside notre prière.

1.2.5       Le Christ prophète

Le Christ est roi, il est prêtre, et il est… prophète.

C’est Dieu lui-même qui demande à Elie d’aller oindre Elisée pour en faire un prophète.

Oui, Jésus est aussi prophète : c’est lui ultimement qui nous révèle le cœur de Dieu.

1.2.6       Le Christ, c’est celui qu’on attend

Quand Pierre répond « tu es le Christ », il peut avoir tout cela en tête : tu es celui qui fait advenir le Royaume, tu es la Parole de Dieu, tu es l’intercesseur choisi auprès de Dieu.

1.3        L’élu

1.3.1       L’unique

Mais vous allez me dire que tout ça, vous l’avez déjà entendu lorsque vous avez participé à des préparations à la confirmation : au fond, depuis le baptême, vous êtes tous des messies, vous êtes tous des Christ. Vous êtes tous uniques. Alors, qu’est-ce qu’il a d’unique le Christ, comme Messie ? On attendait la fin des épreuves. L’élu. Et bien pour nous, la fin des épreuves, elle est déjà arrivée, parce que cet élu, c’est Jésus.

1.3.2       Celui qui a été choisi par Dieu

Chez Luc, c’est assez clair. Quand Jésus est à la synagogue, et qu’il lit Isaïe, lui-même dit qu’il est le Christ, l’oint du Seigneur. Et à la Transfiguration, la voix de Dieu dit qu’il est l’élu. Et finalement, à la croix, ceux qui se moquent de Jésus disent qu’il est l’élu du Christ.

1.3.3       La Croix nous révèle le Christ

En fait, c’est bien la Passion qui nous révèle que Jésus est le denier messie, le seul Christ. Chez Marc, en fait, Jésus est désigné explicitement comme le Messie, le Christ, 4 fois : une première fois dans le titre, une seconde fois aujourd’hui, au cœur de l’Evangile, et les deux fois suivantes à la passion, dans la bouche de ses juges. C’est bien la croix qui nous révèle la messianité particulière du Christ.

1.3.4       Händel : le Messie

Alors si c’est si important que Jésus soit le Christ, le Messie, pourquoi est-ce qu’on n’a pas de fête liturgique pour le fêter, comme on fête son Incarnation ou sa Pâques ?

Et bien, justement, c’est étonnant de voir comment Händel a composé son Messie : pour nous parler du Messie en musique, il commence par nous parler de l’avent, des prophéties d’Isaïe de l’Emmanuel et de la naissance du Sauveur attendu. 

Après cette première envolée, cette première annonce du Messie, l’ambiance retombe avec la passion. Händel revient aux prophéties d’Isaïe du Serviteur Souffrant, (notre première lecture) à la mort et à la Résurrection du Christ, à son Ascension et à la Pentecôte : nouvelle victoire du Messie disparu !

Il finit avec un troisième mouvement sur l’Espérance chrétienne en la Résurrection.

1.3.5       Jésus l’insaisissable

Or c’est bien ce que nous dit l’Evangile d’aujourd’hui : Jésus révèle sa messianité en même temps qu’il révèle sa Passion. Jésus nous dit en même temps qu’il est celui que nous attendons et qu’il va partir.

Jésus remplit un vide, le vide de Dieu, le vide de la Justice, de la Sagesse, de l’Amour, et il vient en creuser un plus profond : celui de sa Passion. Voilà le vainqueur de la mort qui vainc le néant par l’effacement.

Nous sommes tous des messies parce que le Christ s’est effacé pour nous faire participer à sa messianité. En annonçant sa Passion, le Christ annonce sa Victoire, il annonce l’Eglise, vous tous qui participez à sa messianité.