Universel

Homélie du frère Benoît Ente – Solennité de l’épiphanie – 2 janvier 2022

Hier matin, Djamila, une amie musulmane, m’a envoyé un SMS pour me souhaiter une bonne année 2022. Un peu partout dans le monde, des musulmans, des bouddhistes, des athées ont souhaité du fond de leur cœur une bonne année à des amis chrétiens. Et inversement, des chrétiens ont souhaité en toute sincérité une bonne année à leurs amis d’autres religions. Dans ces petits gestes, n’est-ce pas déjà l’Evangile qui est annoncé ? 

 La fête de l’Epiphanie célèbre la révélation du Dieu d’amour à toutes les nations et même à toute la création. Isaïe le prophète l’affirme, même les chameaux affluent vers Jérusalem. La Bonne Nouvelle que nous annonçons est universelle, καθολικός (catholicos) en grec. Elle est une Bonne Nouvelle pour tous les peuples, toutes les religions. La grande question que nous pouvons nous poser est la suivante : Comment ces nations accèdent-elles à la Bonne Nouvelle ? 

Pendant longtemps, on a imaginé que tous les habitants de la terre devaient être baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit pour recevoir la Bonne Nouvelle. Le rêve d’un monde chrétien… Mais aujourd’hui, il semble bien qu’on est chrétien d’abord parce qu’on naît dans une famille chrétienne. Et on finit par se demander si la diversité religieuse ne serait pas dans le plan de Dieu. D’ailleurs, nous ne devrions pas être étonnés que les pensées de Dieu nous surprennent parce qu’elles sont toujours autres que les nôtres. Alors comment imaginer aujourd’hui l’universalité de la Bonne Nouvelle ?

Regardons l’Evangile. Les Mages repèrent une étoile, signe de la venue d’un roi. Ils font bon accueil à ce roi en venant vers lui avec des présents de grande valeur. Ils se prosternent devant lui comme on le fait devant un roi à cette époque. Par ce geste, ils reconnaissent sa royauté sur son territoire et son peuple. Ils vont même faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger ce roi nouveau-né si vulnérable. Mais après leur visite, les mages rentrent chez eux et ils ne sont pas devenus juifs pour autant. N’est-ce pas là une image de l’accueil de la Bonne Nouvelle pour aujourd’hui ? Jésus l’a bien dit à ses disciples : « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. » Quand un musulman accueille un disciple du Christ comme un frère, c’est le Fils et le Père qu’il accueille nous dit Jésus. Et ce geste d’amitié qui enjambe les murs de la haine causé par le péché des hommes ne peut être inspiré que par l’Esprit Saint. Cet homme reçoit le Fils et le Père dans l’Esprit. Que ce soit en Algérie ou en Inde, quand les chrétiens sont accueillis en frères, le Christ est accueilli et l’Evangile est annoncé. Telle est notre mission de témoin. Ce qui n’empêche pas, évidemment, une annonce plus explicite en d’autres circonstances.

N’avez-vous pas dans votre entourage des amis qui comme Djamila ne sont pas chrétiens mais pourtant vous accueillent comme des frères et sœurs et que vous accueillez vous même comme des frères et sœurs ? Notre Dieu trinité n’est pas absent de cette amitié. Il est dans le cœur du disciple de Jésus tout autant que dans le cœur de ses amis. N’avez-vous pas dans votre entourage des hommes et des femmes qui, sans être chrétien, apprécient Jésus et reconnaissent en lui un homme au cœur pur, un artisan de paix, ami des pauvres et des malades, un portrait qui correspond exactement à la description que fait le psalmiste du roi-messie attendu ? Ils sont comme ces mages qui reconnaissent le nouveau roi et accueillent la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ puis repartent dans leur pays. Dans chacune de ces situations, je vois l’Evangile qui est annoncé.  

 Et Saint Paul nous le confirme : toutes les nations sont associées au même héritage par l’annonce de l’Evangile. Cet héritage n’est autre que le don par excellence, l’Esprit de Dieu, l’Esprit du Christ qui souffle au-delà des frontières de notre Eglise, dans les cœurs purs, les artisans de paix, les affamés de justice, les affligés. Il ne s’agit pas de relativisme, mais au contraire d’exigence. L’exigence de suivre le Christ jusqu’au bout, jusqu’au point où il ouvre le plus largement ses bras pour accueillir le monde entier sur la croix. Oui sœurs et frères, l’Evangile est une Bonne Nouvelle pour Djamila et pour le monde entier. Il est une immense joie partagée. Et si comme le prophète Isaïe nous voyons les ténèbres sur la terre, n’ayons pas peur car la lumière de la Bonne Nouvelle brille de mille feux multicolores. Et dans les ténèbres, cette lumière arc-en-ciel ne peut manquer d’attirer vers elle la terre entière. Amen.