Pour que nous soyons libres

Homélie du frère Nicolas Burle – 13e Dimanche du temps ordinaire – 26 juin 2022

Frères et sœurs,

Vous souvenez-vous du sujet de votre bac de philo ? « La liberté se définit-elle comme un pouvoir de refuser? » Mais avant de partir dans une réflexion mêlant thèse, antithèse et foutaise, commençons par les mots de saint Paul : « c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. » Ce qui signifie que notre liberté est en cours de libération. Nous devons nous exercer à être de plus en plus libres.

Quand nous entendons liberté, nous pensons assez spontanément à la liberté de choix que nous avons, à tout ce processus de discernement et de prise de conseil jusqu’à choisir réellement.

Dans l’évangile, nous observons ce temps de discernement, ce temps où nous nous déterminons pour le bien. C’est un temps de combat, de luttes entre des désirs contradictoires. « Je veux réussir mon année d’études et je veux faire la fête tous les soirs », « je veux travailler moins et gagner plus », « je veux des enfants mais je ne veux pas qu’ils fassent trop de bruit », « Je veux une retraite paisible mais avec des engagements. », « Je veux te suivre Seigneur Jésus mais laisse-moi d’abord faire ce que je veux faire. », « Seigneur Jésus, je te donne toute ma vie… mais pas tout de suite », « Seigneur Jésus, je décide de prier… mais demain… et si j’ai envie. » « Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. »

C’est pourquoi il est essentiel de prendre des temps de retrait pour découvrir ce que je veux vraiment. Oui être libre, c’est faire ce que je veux mais ce que je veux vraiment, profondément. Nous le découvrons en prenant conscience de nos talents, ce que nous faisons avec joie et avec facilité, ce qui fait de nous des vivants. Mais aussi en écoutant parmi les cris du monde, le cri qui nous perce les oreilles et le cœur et nous appelle à y répondre. Lire la Parole de Dieu, prendre conseil de personnes sages, aller se confronter au réel avant de prendre sa décision sont également des moyens essentiels pour avoir un désir droit, un désir juste, un désir évangélique. « Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. »

Qu’est-ce que je veux vraiment ? Une fois que j’ai éclairci ma question, poser une décision. Poser devant soi cette décision par écrit. Se déterminer comme le Christ qui se met en route vers Jérusalem Qu’est-ce que je décide ? C’est un moment très important dont je pourrai faire mémoire dans les mois, les années qui suivront mon choix. Car le discernement et le choix ne sont que les premiers temps de notre liberté.

Le troisième temps de la liberté est le temps d’assumer. Assumer dans le temps la décision prise. Se donner les moyens d’atteindre le but décidé. Assumer aussi qu’il y a des choses que je ne ferai pas parce que j’ai posé un choix. Si nous sommes à la messe le dimanche matin, nous ne pouvons pas faire un grasse matinée ou regarder Téléfoot. Choisir, c’est toujours aussi renoncer. La liberté, c’est aussi le pouvoir de refuser ce qui fait obstacle à la poursuite du bonheur. La liberté se déploie dans le temps car elle ne peut se comprendre que dans une relation avec ceux qui nous entourent. La liberté est une exigence de fiabilité : on peut compter sur moi, sur ma parole que j’ai donnée librement. Durant ce temps, les moyens peuvent changer selon les obstacles et les circonstances mais le cap doit être très clair dans mon esprit ! Sinon on devient démissionnaire. Ou pire nous décourageons ceux qui nous entourent.

Mais la liberté n’est pas encore complète. Il manque un dernier temps, le temps de la récolte. Nous y sommes en cette fin d’année. Quel temps allez-vous prendre pour récolter les fruits de cette année. Dans votre récolte, vous trouverez des fruits sucrés et des fruits amers. Des joies durables, marquantes et des choses difficiles à avaler. Quand nous étions des enfants, nous disions que quelque chose était nul ou super, sans nuances. Nous grandissons en liberté quand nous acceptons qu’en toutes choses il se trouve de l’amertume et de la joie, de l’échec et de la réussite, de la mort et de la vie. Mais une vie plus forte que la mort. Rien n’est jamais perdu, rien n’est jamais absolument mauvais, rien n’est plus puissant que Dieu tout-puissant.

Le temps du discernement et du conseil, le temps de la décision, le temps de la mise en œuvre et le temps de la récolte. Voici la liberté déployée dans sa totalité.