Le double commandement

Homélie du frère Franck Guyen – Vendredi 20 mars

Chers amis,

Le double commandement de l’amour dessine une croix qui unit indissolublement : l’amour vertical pour Dieu, – euh pardon, l’amour pour mon Dieu,- pas l’abstraction générale qui n’engage à rien, mais le Dieu envers qui je m’engage et qui s’engage pour moi – et

l’amour horizontal pour le prochain, – euh pardon mon prochain – pas le prochain en général, mais le prochain qui est là, devant moi, dont je me soucie et qui se soucie de moi.

Et les deux branches de la croix s’élancent à partir d’un point focal : moi.

Non pas le moi haïssable dénoncé par Blaise Pascal (1623 1662) mais le moi aimable.

Le moi haïssable, c’est la marâtre de Blanche Neige dans le conte des frères Grimm qui s’admire dans le miroir : « Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle ». C’est le moi autocentré – auto-référentiel dirait le pape François – qui veut que le monde gravite autour de lui, alors il manie la séduction, et, quand cela ne marche pas, la menace pour asservir l’autre, humain ou divin. C’est le trou noir qui capte tout ce qui passe à porter de lui, le dévoreur qui mange sans avoir faim, le boit-sans-soif, c’est le Narcisse incapable d’aimer en vérité.

Le moi aimable ne se regarde pas dans un miroir, il se regarde dans le regard de son Dieu.

Et dans ce regard, il se découvre aimable.

Le regard de Dieu, mes amis, c’est quelque chose : il peut changer le moi haïssable en moi aimable.

Mes amis, laissez-vous regarder par Dieu. Venez au pied de la croix et laissez-vous regarder par le Christ. Apprenez à vous voir comme lui vous voit. Alors vous aimerez toujours plus comme Dieu aime, vous aimerez toujours plus en vérité et vous aurez un pied dans le Royaume des Cieux.

Amen.