Le festin de Dieu

Homélie du frère Maurice Billet – Mercredi 2 décembre 2020

J’ai prolongé la lecture de l’évangile en ajoutant le verset qui suit le texte qui vient d’être lu : « Or, ceux qui avaient mangé étaient 4000, sans compter les femmes et les enfants ».

Les 4 évangélistes mentionnent 6 versions parallèles de la multiplication des pains, dans les quatre évangiles. Les exégètes distinguent traditionnellement deux récits de multiplication.

La première située à l’ouest du Jourdain, c’est–à-dire en territoire palestinien. La seconde se déroulant à l’est du Jourdain, donc en territoire païen, et donc aux hommes du monde entier.

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Creuser un cœur en forme de berceau

Homélie du frère Franck Guyen – Dimanche 29 novembre 2020

Chers amis, aujourd’hui, alors que nous entrons dans l’Avent, le Christ nous adresse un avertissement pressant : « prenez garde, veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure où le maitre de maison viendra ».

Oui, mais comment veiller tout le temps pour ne pas être pris à l’improviste ? Et veiller sur quoi d’abord ?

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Un exemple. Cela se passait pendant le pèlerinage du Rosaire, à Lourdes avant la pandémie du coronavirus –  il y a des milliards d’années.

J’avais organisé pour les pèlerins malades et handicapés de la région d’Isle-de-France une procession du Saint sacrement pendant le soir. C’était la première fois que nous faisions cela et l’organisation étant ce qu’elle était, personne n’était au courant  de ma venue quand je suis arrivé avec l’ostensoir : le Seigneur est vraiment arrivé à l’improviste à ce moment-là.

Son arrivée a saisi les bénévoles qui assuraient la garde de nuit. Ils se sont tus, ils se sont signés, ils se sont agenouillés. Et la procession s’est formée spontanément.

Ceux qui assuraient la garde de nuit veillaient sur le sommeil des pèlerins malades et handicapés. Chacun à sa place, l’un médecin, l’autre infirmier, l’autre brancardier, l’autre encore hospitalière.

Nous avons une réponse à la question : « veiller sur quoi ? ».

Peut-être qu’il s’agit de veiller sur la maison que le Christ nous a confiée, la maison Église. Veiller là où Dieu nous a placés, laïc en famille, prêtre en sa paroisse, religieux dans sa communauté. Et le pape qui porte le souci de toutes les Églises, comme le portier de l’Évangile. Veiller sur nos frères dans la foi qui nous ont été donnés – non, confiés.

Et il y a peut-être une autre maison sur laquelle l’Église doit veiller, avec d’autres : veiller sur la maison monde : veiller sur nos frères et sœurs en humanité, veiller sur nos frères créés comme nous, les animaux, la mer, la terre, le ciel, le soleil, la lune et les étoiles. Veiller à ce que la création puisse exprimer toute la beauté et la bonté que Dieu a mises en elle.

Veiller sur la réalité créée qui nous a été donnée – non, confiée.

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Revenons à notre procession spontanée.

Nous allions de chambre en chambre, un des brancardiers tapait doucement à la porte puis l’ouvrait et j’entrais avec le Saint sacrement. Quand les pèlerins étaient encore réveillés, tout surpris ils ouvraient de grands yeux, ils disaient : « c’est le Seigneur » puis ils se signaient.

Je lisais alors le passage suivant de l’Évangile : « La femme se disait : ‘Si j’arrive à le toucher, je serai sauvée’. Elle s’approcha de Jésus et toucha la frange de son manteau. Aussitôt, sa perte de sang s’arrêta et elle fut guérie de son mal ».

Après la lecture, je passais entre les lits en silence et ceux qui le voulaient pouvaient toucher ou embrasser le plus souvent l’ostensoir. Il régnait alors un grand silence recueilli dans la chambre.

D’autres chambres étaient dans l’obscurité, avec leurs occupants endormis. Alors, je restais sur le seuil, sans rien dire, et je les bénissais en dessinant dans l’air un grand signe de croix avec l’ostensoir. Puis nous partions en refermant la porte doucement.

De la douceur, il y en eut beaucoup tout au long de la procession.

Et voilà une réponse possible à la seconde question « comment veiller tout le temps ? ».

Mes amis, est-ce que les pèlerins qui dormaient ne veillaient pas ?

À mon avis, quand Jésus parle de veiller, il ne s’agit pas de veiller avec les yeux de la chair mais ceux du cœur. Et pas de n’importe quel cœur. Un cœur qui palpite, un cœur qui aime. Alors on peut veiller tout en dormant. 

Un cœur qui aime comme son cœur à Elle, dans le Cantique des Cantiques : «  Je dors, mais mon cœur veille. » Les yeux du corps peuvent se fermer, les yeux du cœur sont toujours ouverts, à espérer la venue du Bien aimé. 

« Je dors, mais mon cœur veille. C’est la voix de mon bien-aimé !

Il frappe : ‘Ouvre moi, ma sœur, mon amie, mon immaculée ; car ma tête est couverte de rosée ; les boucles de mes cheveux sont trempées des gouttes de la nuit. ” [1].

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Ma conclusion.

Veiller en creusant dans son cœur l’attente de Dieu, en creusant l’attention à l’œuvre de Dieu. Comme quelqu’un qui creuse une pièce de bois tendre pour que, dans ce creux, un bébé puisse s’y reposer après avoir traverser les eaux qui mènent au monde des hommes.

Veiller, ce serait cela ? Creuser un cœur – en forme de berceau ?

Amen.

Le temps de Dieu

Homélie du frère Rémy Valléjo – 1er Dimanche de l’Avent 29 novembre 2020

Aujourd’hui,

en ce premier dimanche d’Avent,
la liturgie nous offre de nous réapproprier le temps,
pour faire nôtre, tout à fait nôtre, le temps de Dieu
Car l’Avent est non seulement une réappropriation du temps, le nôtre, mais aussi et surtout l’appropriation du temps de Dieu.

Notre temps,
Aujourd’hui,
c’est celui que le confinement – le premier et le second – a malmené et malmène encore.
Car notre temps d’humanité, 
et même d’intériorité, 
ce n’est pas ce temps de mise à distance qui fait perdre à toute réalité son essence,
ni même ce temps d’attente qui, faute d’espérance, tue tout espoir,
ni même encore ce temps suspendu qui, au nom de la vie, tue la vie.
En effet, comme au temps de Jésus, lorsque les pharisiens appliquaient leurs normes, nous pouvons tuer la vie, au nom de la vie ; n’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui en des EPHAD où, au nom d’une sécurité sanitaire, des personnes meurent d’isolement.

Cependant,
au-delà de ces réalités délétères, 
le temps qui nous est propre et tout à fait nôtre,
c’est celui qui trouve sa source et sa plénitude dans le temps de Dieu.

Mais quel est au juste ce temps de Dieu ?

Le temps de Dieu, 
c’est bien évidemment cette distance infinie qui me donne d’éprouver le temps.
Mais c’est aussi cet événement, ce kairos qui, d’événements en avènements, jusqu’à l’avènement du Christ, est à l’origine de la création tout entière et d’une recréation de tout être en Jésus, le Fils de Dieu,
Car le temps de Dieu, en Christ, c’est un jaillissement de source qui suscite la vie.
Le temps d’un regard,
lorsque le regard est source de bienveillance,
comme regard de miséricorde de Jésus pour tous ceux et celles qu’ils rencontrent.
Le temps d’une parole,
lorsque la parole qui jaillit du cœur étanche toute soif,
comme la parole de Jésus étanche la soif de tous les assoiffés de justice et de vérité.
Le temps d’une présence,
lorsque la présence ranime et vivifie.
Comme la présence de Jésus parmi les siens.

Le temps de Dieu, 
en Jésus le Christ,
c’est cette distance infinie qui me donne d’éprouver toute la mesure du temps d’humanité.

Cependant,
le temps d’humanité,
c’est souvent ce temps, fugace et fugitif, qui s’écoule dans ma chair, mon coeur et mon âme dans laisser traces,
ce temps qui passe, agace et lasse.
et qui, par habitude et plus encore par lassitude, devient aveugle, indifférent et muet.
C’est le temps de l’homme qui, désabusé de tout, n’a plus d’attention à rien.

A contrario de ce temps
le temps de Dieu,
c’est le temps du veilleur, de celui qui veille, avec bienveillance et une inlassable attention, à tout être de chair, de cœur et d’âme pour lui donner la vie en abondance.
Car Dieu est le veilleur, 
le veilleur de la nuit, 
le veilleur de la mi-nuit
mais aussi le veilleur du jour, tous les jours et toujours jusqu’à la fin du monde
L’Unique et Vrai Veilleur, c’est le Christ Jésus qui, en prenant chair, cœur et âme, en toute chose à l’exception du péché, veille à la vie même de notre humanité, d’un regard, d’une parole, d’une présence et même d’un silence.

Se réapproprier notre propre temps, 
et dès lors se réapproprier le temps de Dieu, 
c’est se réapproprier le temps du veilleur, 
l’Unique et Vrai Veilleur : Jésus, l’Emmanuel, « Dieu avec nous » que nous célébrerons le Jour de Noël.

Sanctus, sanctus, sanctus !

Homélie du frère Philippe Verdin – Mercredi 18 novembre 2020

Au chapitre 4 de l’Apocalypse, Jean nous raconte une vision grandiose, la fenêtre ouverte sur le ciel, sur le paradis, sur l’éternité, sur la théophanie…

Certains mystiques ont eu le privilège d’une révélation de l’au-delà. Je pense à Benoite Rencurel, laïque dominicaine, à qui la Vierge Marie apparait le jour de l’Assomption 1698. Elle est guidée jusqu’à l’entrée du paradis. Ce qu’elle découvre ressemble beaucoup à la description de saint Jean. Les mystiques n’ont pas beaucoup plus à nous dire que l’Evangile. Ils apportent juste un certain regard. Benoite est marquée par la joie qui rayonne du paradis, elle qui vit dans un milieu janséniste austère.

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Couvent Saint-Thomas d'Aquin, 7 avenue Salomon – 59000 Lille – 03 20 14 96 96