Ré-ouverture de l’exposition PLIS D’ÉTERNITÉ – Noli me tangere

Samedi 20 juin 9-12h et 15h-18h
Dimanche 21 juin 15h-18h
Dimanche 28 juin 15h- 18h
Samedi 4 juillet 15h-18h
Dimanche 5 juillet 15h-18

Noli me tangere. Aux premiers instants de l’aurore d’un jour nouveau, l’adresse de Jésus à Marie-Madeleine dévoile un instant d’éternité dont nul ne peut saisir la réalité déicolore, tangible et suspendu : « ne me retiens pas. » L’oeuvre peint de Caroline Chariot-Dayez, au gré d’un incessant flux et reflux de plis, est une réalité théophanique. À l’image des fresques du dominicain fra Angelico dans le cloître recueilli du couvent san Marco à Florence, chacun des « plis d’éternité » sont un kaïros, un « moment favorable » pour accueillir au gré d’un rapt divin ce qui se manifeste dans le quotidien le plus ordinaire.

Le travail pictural de Caroline Chariot-est profondément influencé par l’oeuvre de Maurice Merleau-Ponty et, plus récemment, par les œuvres mystiques de Simone Weil.

Depuis plus de 15 ans, elle ne peint que des plis, transportée par leur beauté. Bien au-delà d’un « sujet », ils sont devenus pour elle comme un langage accordé à l’invisible.

Elle expose depuis une vingtaine d’années dans des galeries et des foires d’art contemporain à Bruxelles, Paris, Londres, New-York, mais privilégie depuis 10 ans les lieux de spiritualités, comme les églises Saint-Merri et Saint-Sulpice ainsi que le Couvent des dominicains de l’Annonciation à Paris, la Cathédrale de Bruxelles, le l’Église du Temple-Neuf à Strasbourg, les Abbaye de Maredsous et d’Orval…

Extraits du livre  d’or

Plis et replis de notre âme – Mon entrée en carême (au désert) commence aujourd”hui pour ma laisser habiter par la lumière. Merci !C. B.

Ces peintures me touchent au plus profond de mon être, là où je suis en relation avec l’autre et le Tout Autre. Une présence inondante et mystérieuse.  Merci de tout coeur.G. D.

Merci pour ce beau parcours qui permet à notre âme pèlerine de voyager dans ce qui se cache derrière ces plis somptueux. C’est une belle continuité qui fait suite à notre visite de l’expsoition Van Eyck à Gand.S . et J.-L. M.

Abolir ou accomplir

Homélie du frère Philippe Verdin – Mercredi 10 juin 2020

Le Christ est venu accomplir la Loi. Pas l’abolir.

La Loi – dit Saint Paul – a été donnée au peuple, du temps de Moïse, à cause de son endurcissement. Le peuple avait besoin de conseils clairs pour marcher dans les voies du Seigneur. Il fallait mettre d’avance le ho là au dérives idolâtres, à la violence débridée. Il fallait rappeler l’élection par Dieu et les devoirs qui découlaient de l’Alliance.

Jésus vient. Il assume la Loi, mais il l’élargit, il la dépasse, il lui donne un autre horizon. On ne doit plus suivre la Loi parce que Dieu l’a demandé, comme si on était des enfants six ans. Ou pour éviter les embûches. On doit suivre la Loi parce qu’elle nous révèle notre dignité, notre liberté. La Loi permet à nos potentialités de s’épanouir. La loi donne un élan, un souffle. La loi ne bride pas, elle débride au contraire, elle déploie nos énergies vitales, notre énergie divine.

Jésus n’abolit pas la loi ; il la complète d’un seul article, mais qui les réoriente tous : « tu aimeras ton prochain comme toi-même. » La loi d’amour…

La loi ancienne disait comment suivre le chemin de vie. La Loi nouvelle proclame pourquoi il faut chercher Dieu : il veut ne faire qu’une chair avec nous ; il veut nous faire entrer en communion avec lui.

Seigneur, inscris ta loi d’amour dans notre cœur ! Accomplis en nous ce que tu as déjà commencé depuis notre baptême.

100% Dieu et 100% homme

Homélie du frère Franck Guyen – Vendredi 5 juin 2020

L’Évangile de ce jour nous rappelle la double filiation, le double héritage de Jésus, et cela résonne particulièrement en moi qui descends d’un père vietnamien et d’une mère française.

L’ange Gabriel avait déjà donné à entendre la double filiation de Jésus dans son annonce à la Vierge Marie : «  Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut – Jésus est donc fils de Dieu ;  le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père – Jésus est aussi fils de David ; ». Jésus a bien deux pères si l’on suit l’ange Gabriel.

On trouve dans la Bible d’autres personnages au double héritage. Ainsi Saul – Paul vit lui aussi une double ascendance comme le signifie son double prénom : Saul le juif et Paul le citoyen romain. Dans ce que nous les chrétiens nous appelons l’Ancien Testament, on trouve aussi un personnage très important au double héritage : Moïse qui avait deux mères, l’une juive et l’autre égyptienne.

Jésus unit en sa personne une double ascendance, comme il unit en lui les deux natures humaine et divine, indissolublement, sans mélange ni confusion ni dommage pour aucune d’entre elles : il n’est pas moins homme parce qu’il est Dieu, il n’est pas moins Dieu parce qu’il est homme.

Jésus, par sa double filiation, fait bouger les lignes entre Dieu et la création, il communique à notre commune nature humaine quelque chose de sa nature divine, il l’enrichit, il la féconde, il la rend sublime, divine – sans l’aliéner et encore moins sans l’anéantir – non, il l’amène à une perfection que nous ne pouvions même pas imaginer dans nos rêves les plus fous.

Jésus est 100% Dieu, 100 % homme – et cela n’est pas un problème pour lui.

Mais cela peut en être un pour nous qui aimons les choses bien rangées dans les cases, les frontières fixes entre les territoires, nous qui aimons les exclusives des « Ou bien .. ou bien.. ».

Alors peut-être avons-nous à entrer dans sa façon mystérieuse d’être, de vivre, lui qui aime les inclusives des « et… et… ».

Ainsi par exemple, Jésus qui aime les bons ET les méchants – il tient cela de son Père.

La Pentecôte selon le Greco 7/7

Un mystère de bonté, de charité et de beauté

Cette ardeur créatrice est une vive flamme d’amour. Selon Louis de Grenade, la Pentecôte demeure un mystère de bonté, de charité et de beauté. En effet, “les lumières qu’ils eurent sur la bonté, la charité, la beauté de leur Dieu furent si vives, ils furent saisis d’un amour si ardent, qu’ils (…) se consumaient, ils mouraient en quelque sorte, à la pensée de la gloire de Dieu et du salut des hommes”. Loin de demeurer caché pour lui-même, c’est tout entier versé dans l’âme humaine que ce mystère de bonté se diffuse dans le monde. Bonum est diffusivum sui. La flamme qui dévore les disciples va “tous les jours gagnant du terrain jusqu’à ce qu’elle arrive aux extrémités de la terre. Ainsi, après avoir été embrasés eux-mêmes, les apôtres embrasèrent leurs frères, après avoir été enflammés, ils les enflammèrent, après avoir été sanctifiés par l’esprit du ciel, ils sanctifièrent à leur tour l’univers”. Dans l’ardeur de cette flamme, lumière, inspiration, souffle et illumination, sont à l’origine d’une nouvelle genèse qui du fond de l’âme atteint l’univers tout entier. Greco n’avait d’autre souci que de rendre témoignage au souffle de vie qui préside à la Pentecôte. 

La Pentecôte ou la naissance de l’homme “déicolore”

Au soir de sa vie, Le Greco n’a pas oublié l’art qu’il pratiquait dans sa jeunesse à Candie. En laissant pressentir la lumière qui nous touche jusqu’au fond de l’âme, Greco élève son ouvrage au statut d’icône. En effet, la Pentecôte du Greco devient un authentique lieu de révélation quand elle suggère le mystère de “la vive flamme d’amour” dans son dessein et sa matière, dans sa forme et sa couleur. L’oeuvre du Greco n’est donc pas une simple illustration de la vie de Jésus-Christ, de Marie et des saints. Car elle manifeste une présence jusque dans le corps de l’oeuvre d’art elle-même. Il s’agit de la présence de l’homme “déicolore”. L’homme qui, lorsqu’il consent à naître d’en haut, manifeste en sa chair la lumière véritable qui éclaire tout hommeen ce monde.

La Pentecôte selon le Greco 6/7

La vive flamme d’amour

La Pentecôte du Greco manifeste un mouvement. Tous les disciples sont comme enveloppés et emportés dans un tourbillon. La composition tournoie sur elle-même jusque dans la figure de Marie qui en regardant vers le ciel accuse un léger contraposto. Ce mouvement d’ensemble avec l’ardeur qui l’anime, c’est ce que les maîtres de Greco appellent dans leurs traités de peinture la furiade la figure. Or, pour représenter un tel mouvement, aucune forme ne convient mieux que la flamme d’une chandelle. Ce mouvement anime non seulement le dessin dans ces lignes générales mais aussi le traitement pictural. C’est à l’école de Titien et Tintoret que Greco a appris ce procédé de coloriste qui fait advenir la forme par la seule couleur. Il procède par touches successives, faisant en sorte que les couleurs restent distinctes et non confondues, puis il ajoute çà et là des taches brutales. Ses détracteurs, jaloux et mesquins, prétendaient qu’il usait de ce procédé pour simuler la virtuosité, comme si son ouvrage était une démonstration. Mais ces touches de couleurs fébriles et subtiles et volatiles ressemblent trop à des flammes pour ne pas voir le véritable feu de cette composition. Loin de se laisser égarer par une laborieuse et artificielle démonstration, Greco n’eut jamais d’autre souci que de se laisser inspirer par la flamme créatrice. C’est d’ailleurs la lumière de cette flamme qui aujourd’hui saisit et illumine notre regard comme jadis elle inonda le coeur de Jean de la Croix.

Arrivé à Tolède en 1577, l’année de l’incarcération de Jean de la Croix, Le Greco n’a jamais rencontré le carme accusé par ses frères d’être un illuminé, un “allumbrados”. Il y a néanmoins une vraie connivence entre l’oeuvre de Greco et le commentaire de “La Vive flamme d’amour”. Jean de La Croix rédige ce commentaire à Grenade où il se réfugie après son évasion en 1578. Lorsque, dans le “Chant de l’âme dans son intime union avec Dieu”, Jean de la Croix évoque le mystère de la Pentecôte, il suggère que “l’Esprit de Dieu, tant qu’il est caché dans les veines de l’âme, est une eau suave et délicieuse qui, dans la substance même de l’âme, désaltère la soif spirituelle, et lorsqu’il s’exerce en sacrifice d’amour, il devient de vives flammes de feu”. Guidé par les Traités d’oraison de ses contemporains, Jean de la Croix remonte jusqu’aux principes de la contemplation dionysienne qui dans l’obscurité et le désert du recueillement silencieux conduit l’âme humaine à devenir “déiforme”. Mais selon saint Jean de la Croix, “Tout ce qui se peut exprimer ici reste au-dessous de la réalité, parce que cette transformation de l’âme en Dieu est inexprimable”. En effet, il y a des réalités qui ne peuvent être exprimées par des mots car les mots ne pourront jamais les saisir. C’est donc au mystique et au peintre qu’il revient de manifester ce qui ne peut être exprimé en paroles. Pour l’un, tout est dit par inspiration. “En un seul mot: l’âme est devenue Dieu de Dieu, en participation de son être et de ces attributs que l’âme appelle des lampes de feu”. Pour l’autre, tout est dit par illumination lorsque la seule figure de l’être “déiforme” et “déicolore” se confond avec l’ardeur créatrice.

Couvent Saint-Thomas d'Aquin, 7 avenue Salomon – 59000 Lille – 03 20 14 96 96