Homélies

Thomas le jumeau

Homélie du frère Franck Guyen – Vendredi 3 juillet 2020

En ce jour où nous fêtons l’apôtre Thomas, demandons-nous qui est le « jumeau » de Thomas. Je dirais que d’une certaine manière, nous sommes ses frères et sœurs et jumeaux : nous aussi, nous avons à passer du sensible – je vois les plaies du Crucifié et j’entends sa parole – et de l’intellectuel –
j’estime plausible que Jésus soit ressuscité et que cela ait des implications pour moi – à la confession existentielle de Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Pour cela, je crois que, comme Thomas, nous avons à marcher sur un chemin où nous devons porter patiemment et sincèrement le poids du doute – est-ce que ma foi n’est pas une illusion produite par
une autosuggestion individuelle et collective ? Nous avançons, animés par la confiance en nos aînés qui nous ont précédés sur le chemin, et en premier lieu les apôtres.
Et puis, à un moment donné sur le chemin, quelque chose se passe, complètement imprévu, et nos doutes s’évanouissent comme le brouillard exposé au soleil. Une présence mystérieuse nous enveloppe soudain de la tête aux pieds, l’amour divin s’impose à nous comme une évidence, tandis
que jaillit de nos lèvres l’aveu impossible à contrôler : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Plus tard, l’évidence s’estompe et le doute revient : il nous faut reprendre la route, mais nous repartons de plus haut : pour moi, ce chemin ressemble sans doute à une boucle, mais c’est une spirale ascendante et non un cercle.


Oui, vraiment, « il est grand, le mystère de la foi ».

Pour suivre Jésus, il faut le préférer à tout.

Homélie du frère Franck Guyen – Dimanche 28 juin 2020

Une fois de plus Jésus tient des propos d’une exigence incroyable. Mais qui donc est cet homme pour demander à ses disciples de le préférer à leurs parents, leur conjoint, leurs enfants ?

Nous nous tournons vers Jésus pour le lui demander, et nous sommes obligés de lever la tête, car il est suspendu au sommet d’une croix. – « Qu’est-ce qui t’a amené là ? » lui demandons-nous. « L’amour du Père et l’amour des hommes » nous répond-il.

Nous regardons son corps blessé d’où jaillissent l’eau et le sang : l’eau qui purifie des péchés, c’est-à-dire de tout ce qui empêche d’aimer, et le sang qui fait entrer dans la vie éternelle, c’est-à-dire la vie divine. Nous regardons la croix et peu à peu, elle s’imprime sur notre front, nos lèvres et notre cœur.

Il y a là un mystère qui me fascine : comment la croix, quand nous la laissons faire, nous imprègne toujours plus, jusqu’à atteindre des profondeurs en nous dont nous ignorions jusqu’à l’existence, et parvenue là, elle se déploie, reprenant le tout de ce que nous sommes, mémoire, intelligence, affectivité.

Il faut voir comment la croix, en s’inscrivant en nous, purifie nos affections les plus chères, celles pour nos enfants, notre conjoint et nos parents, comment elle les transfigure pour les faire passer dans l’amour divin, l’amour trinitaire.

***

Alors nous comprenons l’exigence de Jésus, à première vue exorbitante, de le préférer à nos parents, notre conjoint, nos enfants.

Remise au vert

Homélie du frère Maurice Billet – Dimanche 21 juin 2020

Avec le retour du temps ordinaire, dans la liturgie, on se remet au vert. C’est l’été. Nous reprenons la lecture, à peu près en continu, de l’évangile selon Matthieu. Cette lecture a été interrompu par les dimanches de carême, de Pâques, de la Pentecôte, de la Trinité, du Corps et du Sang du Christ. Bref, comme une série télévisée, il est nécessaire de nous rappeler les épisodes précédents.

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Tu aimeras ton prochain…

Homélie du frère Maurice Billet – Mardi 16 juin 2020

Depuis plusieurs jours nous lisons le chapitre 5 de l’évangile selon Matthieu. Ce chapitre constitue avec le chapitre 6 le premier des 5 grands discours que Matthieu attribue à Jésus. Il est un joyau de l’histoire religieuse universelle, selon les exégètes.

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent … »

Comment pouvons-nous haïr ceux que nous classons comme ennemis, quand Dieu se conduit envers eux comme un Père et dispense à tous, sans discrimination, les biens de sa création ? Aimer l’ennemi, c’est, en vrai fils, se modeler sur l’agir du Père. Prier pour le persécuteur, c’est une forme d’amour ouverte sur l’espérance d’un changement et qui laisse à Dieu seul le soin de juger l’autre. La justice nouvelle dépasse de loin le rapport banal du « donnant donnant ».

Il faut bien convenir que l’amour des ennemis n’est pas identique à l’affection portée aux membres de nos familles, de nos amis, de notre conjoint. Ni de l’amitié que l’on porte à un égal, ni davantage de l’amour-passion.

En préparant cette homélie, j’ai trouvé de belles citations que je vous partage.

« À la force physique, nous répondrons par la force de nos âmes. Faites de nous ce que vous voudrez, et nous continuerons à vous aimer. Jetez-nous en prison et nous vous aimerons encore. » Martin Luther King.

« L’absence de haine n’implique pas l’absence d’une indignation morale. Mais pourquoi devions-nous choisir toujours la voie la plus facile, la plus rebattue ? Au camp, j’ai senti de tout mon être que le moindre atome de haine ajouté à ce monde le rend plus inhospitalier encore. » Etty Hillesum

Un texte rabbinique dit ceci : « Un seul jour de pluie a plus d’importance que la résurrection des morts puisque celle-ci ne concerne que les justes et pas les méchants. Alors que la pluie tombe pour tous, les justes et les injustes. »

Détruire ses ennemis en faisant d’eux des amis par la prière. Porter l’ennemi dans la prière est une façon de mettre le Christ entre lui et moi. Pour arriver, au bout du chemin, à parvenir à l’aimer et à le bénir. Ill s’agit d’avoir de l’estime et de la bienveillance pour l’ennemi, de le manifester par des gestes et des paroles. Brisons la logique circulaire de la violence.

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Il s’agit pour nous à imiter l’agir divin. Luc, dans le texte parallèle : soyez miséricordieux. Luc utilise un autre attribut divin : la compassion, la miséricorde. Déjà, dans le livre de l’Exode, Dieu se présente comme « Dieu compatissant et plein de pitié. »

La charité, l’amour du prochain n’a pas d’autres limites que la bonté du Père des cieux qui fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants. Refusons toute discrimination : bons et méchants, justes et injustes. Aimer son prochain, non pas parce qu’il est aimable, mais parce qu’il est aimé de Dieu.

Abolir ou accomplir

Homélie du frère Philippe Verdin – Mercredi 10 juin 2020

Le Christ est venu accomplir la Loi. Pas l’abolir.

La Loi – dit Saint Paul – a été donnée au peuple, du temps de Moïse, à cause de son endurcissement. Le peuple avait besoin de conseils clairs pour marcher dans les voies du Seigneur. Il fallait mettre d’avance le ho là au dérives idolâtres, à la violence débridée. Il fallait rappeler l’élection par Dieu et les devoirs qui découlaient de l’Alliance.

Jésus vient. Il assume la Loi, mais il l’élargit, il la dépasse, il lui donne un autre horizon. On ne doit plus suivre la Loi parce que Dieu l’a demandé, comme si on était des enfants six ans. Ou pour éviter les embûches. On doit suivre la Loi parce qu’elle nous révèle notre dignité, notre liberté. La Loi permet à nos potentialités de s’épanouir. La loi donne un élan, un souffle. La loi ne bride pas, elle débride au contraire, elle déploie nos énergies vitales, notre énergie divine.

Jésus n’abolit pas la loi ; il la complète d’un seul article, mais qui les réoriente tous : « tu aimeras ton prochain comme toi-même. » La loi d’amour…

La loi ancienne disait comment suivre le chemin de vie. La Loi nouvelle proclame pourquoi il faut chercher Dieu : il veut ne faire qu’une chair avec nous ; il veut nous faire entrer en communion avec lui.

Seigneur, inscris ta loi d’amour dans notre cœur ! Accomplis en nous ce que tu as déjà commencé depuis notre baptême.