Homélies

Joyeux Noël

Homélie du frère Denis Bissuel, 25 décembre 2019

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les habitants du pays de l’ombre une lumière a resplendi. Et une parole s’est faite entendre au creux de nos hivers, dans les veilles de nos nuits : N’ayez pas peur, voici que je vous annonce une Bonne Nouvelle, c’est une grande joie. Frères et sœurs, une lumière dans la nuit, une parole de réconfort, voilà ce que nous avons besoin de voir et d’entendre et qui nous est offert en cette nuit de Noël. C’est une Bonne Nouvelle pour tous et pour chacun, qui n’est pas réservée à quelques privilégiés, aux prétendus sages ou aux intelligents.

Cette Bonne Nouvelle la voici : aujourd’hui Dieu vient habiter parmi nous pour toujours parce qu’il nous aime et que l’amitié ne peut s’accommoder des grandes distances. Aujourd’hui, cette nuit, Dieu se fait l’un de nous. Il se donne à nous comme sa Parole ; le Verbe se concentre, prend corps, chair humaine sous les traits étonnants et pourtant familiers d’un petit enfant. Oui, clame le prophète, Un enfant nous est né, un fils nous est donné, pour que nous devenions des frères. Et la terre et le ciel enfin réconciliés unissent leur voix pour proclamer sa gloire et sa louange, car il est le Messie de Dieu, fils d’Abraham, fils de David, et Fils de l’Homme

Vous pouvez le reconnaître à ce signe : un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Amour de Dieu, humour de Dieu. La gloire est pour le moins ténue et surprenante. Un enfant fragile et dormant dans du foin, mais où est donc le Messie proclamé ? Un homme défiguré suspendu à la croix, où est le Fils de Dieu ? Où est-il donc ce roi des juifs qui vient de naître ? Es-tu vraiment celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? On aurait préféré pour nous défendre et nous sauver un Messie plus digne, plus musclé, plus triomphant, plus convaincant.

Le Fils bien-aimé naît dans la mangeoire car il n’y a pas de place ailleurs. Le fils de l’Homme n’a pas où reposer la tête. Il vient au monde sur la paille, il finira sur le bois de la croix. La folie de la croix est folie de la crèche. Il y a bien peu de choses intéressantes à voir.

Mais déjà les commentaires vont bon train et l’emportent largement sur l’événement lui-même. Des témoins s’interrogent, bergers de la contrée, veilleurs de la nuit, saisis par tout ce qu’ils ont vu et entendu, ils frissonnent, prophétisent, annoncent la nouvelle. Un vieillard, Siméon, s’extasie devant l’enfant. Ses parents s’émerveillent de ce qu’on dit déjà de lui. La Parole résonne, amplifie son écho. Elle est livrée à tous et à tout vent, aux doutes et aux sarcasmes, ballotée comme Moïse dans son frêle panier sur les courants du Nil.

La rumeur grandit, joyeuse et menaçante. L’enfant trouble et inquiète. Le roi Hérode s’agite, veut mettre la main dessus, mais joué par les mages, ces étrangers païens, il se livre à un massacre en tuant dans Bethléem tous les enfants de moins de deux ans. Le monde a peur du nouveau-né, sa tête est déjà mise à prix.

Et toi Marie sa mère, qui médites toutes ces chose, une épée te transpercera le cœur. Le Messie ton enfant sera serviteur et souffrant. Sa route sera jonchée d’épines. On le dira agitateur, blasphémateur. On le croira possédé ou fou. Bientôt les autorités politiques et religieuses, empereurs et pontifes, le livreront. Mais lui passe au milieu d’eux et poursuit son chemin, ouvrant les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, relevant les accablés et proclamant l’amour et le pardon de Dieu. Entrant dans notre histoire, il manifeste en paroles et en actes que Dieu est avec lui, il donne corps à la promesse des prophètes d’Israël, il est l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Allons donc nous aussi, à Bethléem, approchons de la crèche où tout est simple et pauvre, à notre portée, déposons nos fardeaux et lâchons prise devant celui qui est sans grandeur ni éclat. Là se trouve la vraie nourriture, Parole de vie, Pain vivant offert en abondance. Il repose, enfant, dans une mangeoire étroite, lui qui nous appelle à marcher avec lui vers les larges espaces du Royaume. Il ne trouve pas de place dans les hôtels, lui qui se prépare une place dans le cœur de chacun. Il s’est laissé enserrer dans les langes et les bandelettes, lui qui vient délier nos mains et nos pieds pour nous mettre debout, en route, libres et confiants. Eveille-toi, toi qui dors, Le jour est déjà avancé, le jour est arrivé.

Et l’écho rebondit jusqu’au soir de la croix et au matin de Pâques dans le jour commençant. Quand la Parole surgira du trou vide et béant du tombeau, annoncée par quelques femmes comme bonne et joyeuse nouvelle du premier-né d’entre les morts, alors notre nuit de Noël prendra tout son sens.

Fêter Noël, c’est se laisser habiter par la joie quand bien même notre inquiétude peut grandir devant les risques et les périls qui menacent aujourd’hui notre maison commune. Fêter Noël, c’est accueillir la Parole et s’en nourrir, la porter, la ruminer, pour l’enfanter à notre tour dans l’amitié, l’amour offert et partagé ; c’est œuvrer pour la justice et la paix, pour une terre plus humaine et fraternelle, véritable demeure de Dieu. Fêter Noël, c’est témoigner que l’espérance prend corps, que le Royaume est déjà là comme un germe fragile dont il faut prendre soin, c’est proclamer dans la nuit de nos errances et de nos doutes le nom de cet enfant : Emmanuel, Dieu avec nous ! Amen !

Définitivement acquis

Homélie du frère Jean-Pierre Mérimée, 2e dimanche de l’Avent

En ce deuxième dimanche de l’Avent, nous avons entendu des textes : prophétique, d’Isaïe, sur la justice de Dieu ;  le psaume 71 sur la justice du roi ; la lettre de Paul aux Romains sur la fidélité et la miséricorde de Dieu ; enfin, l’annonce par Jean le Baptiste, du baptême de Jésus dans l’esprit saint et le feu ; ils sont non seulement d’une grande beauté littéraire, mais ils portent des enseignements forts sur Celui en qui nous avons mis notre foi. Quelle est cette formidable espérance qui nous entraine, comme le courant d’un grand fleuve, vers Noël, au pied de l’enfant de la crèche, avec les bergers et les mages? Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

Nous sommes invités à risquer quelques pas, à entrer dans l’aventure : ça commence par presque rien, un rameau sorti de la souche de Jessé, père de David. L’esprit du Seigneur va reposer sur lui et plus rien ne sera comme avant. La loi du plus  fort, c’est fini. Le jugement sur les rumeurs, sur les apparences, le qu’en dira-t-on, c’est  fini ; Les sentences injustes envers les petits, c’est fini ; enfin toute la création va être rétablie dans la paix des origines, dans l’harmonie première. Le loup habitera avec l’agneau, le nourrisson s’amusera sur le trou du cobra. «  Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur la montagne du Seigneur car la connaissance du Seigneur emplira le pays ». Le prophète Isaïe tape fort, d’autant plus fort que la réalité de la vie de ses auditeurs étaient sûrement bien loin de cette vision idyllique.

Aujourd’hui, c’est pareil : Palestiniens et Israéliens  sont à couteaux tirés et c’est le moment qu‘a choisi le pape François pour planter avec eux un olivier de la paix dans les jardins du Vatican.

 Quel est cet esprit qui met au cœur du chrétien la folie d’une telle espérance, ce refus du malheur comme une fatalité inéluctable, sinon « l’esprit du Seigneur qui remplit le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer » s’enthousiasme le prophète Isaïe? Plongé dans cet esprit du Seigneur, nous croyons que, au cœur de la nuit des hommes, c’est Noël qui l’emporte. Nous confions notre avenir à un tout-petit, à un nouveau-né qui porte l’avenir, le salut du monde : plus rien ne sera comme avant, la vie l’emporte.

L’enthousiasme, nous l’avons, nous sommes prêts à nous mobiliser ponctuellement pour de nobles causes, mais vivons-nous la vie de tous les jours « dans l’espérance que le Dieu de la persévérance et du réconfort nous donne  d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus» ? C’est st Paul qui s’adresse  ainsi à la première communauté de chrétiens de Rome, où déjà il était un peu difficile de s’accorder, chrétiens d’origine juive d’un côté, d’origine païenne de l’autre.

L’apôtre souligne que Dieu sur ce point est à la fois fidèle et miséricordieux, fidèle au peuple élu et miséricordieux, le cœur accueillant aux autres, à tous les autres. Ligne de crête qu’il nous est demandé de suivre, en mettant nos pas dans ceux de Jésus sans trembler, si nous voulons ne pas tomber dans le sectarisme ou le communautarisme.

En parcourant ces premiers textes, nous prenons conscience du chemin ouvert par Isaïe et que rappelle l’évangile de st Mathieu avec la figure de Jean le Baptiste : « préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers » C’est un chemin de conversion, le mot est dit, il va colorer tout notre parcours de l’Avent. Et le Baptiste va taper fort, lui aussi, comme l’a fait avant lui Isaïe : « Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?…Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres.. » L’urgence est soulignée fortement, il n’y a pas une minute à perdre, tout le reste peut attendre. N’ayons pas peur des révisions déchirantes que cela peut produire, la cognée, le feu qui purifie, toutes ces forces vont séparer  le bon grain de la paille, le bon fruit de l’arbre sec.

Peut-être nous sentons-nous, à ce stade, plus perturbés encore : rêver la vie comme Isaïe, pourquoi pas ? Mais comment donner vie à nos rêves ? En perdant quelques unes de nos illusions, celles dans lesquelles notre ego nous enferme ; l’illusion qu’on va s’en tirer tout seul, y compris en écrasant l’autre ; les illusions que la publicité distille, d’un bonheur qui s’achète ; l’illusion que rien ne bougera jamais ; l’illusion qu’il suffit d’être spectateur de l’histoire, etc… L’espérance de Noël pourra ouvrir les ailes dès que nous aurons fait le premier pas dans la bonne direction.

J’ai reçu un jour cette grande leçon d’un ami de Nantes, François Gourvennec, une sorte de saint, qui s’occupait de personnes malades de l’alcool. Je lui faisais remarquer que les rechutes étaient plus fréquentes que les guérisons définitives. Il m’a répondu : « Tu vois, Joseph, il va au bistrot pour avoir un peu de compagnie, il commande une bière. Pendant une demi-heure, il ne touche pas le verre malgré l’envie qu’il en a. C’est un combat terrible. Puis, il le boit. Eh bien, la demi-heure pendant laquelle il a résisté est définitivement acquise. »

Définitivement acquise.

En y réfléchissant,  la justice de Dieu, le jugement dernier, le baptême dans l’esprit et le feu, c’est peut-être un peu pareil : la paille de nos manquements, de nos rechutes ira au feu, elle partira en fumée, mais le bon grain de nos vies, Jésus l’amassera dans ses greniers. Pour toujours.

Emerveillement donc reconnaissance

Fête de St André
Fête des 40 ans de la présence dominicaine dans le quartier de Lille-Moulins

Homélie du frère Jean-Pierre Mérimée
Epître aux Romains 10,9-18 ; Psaume 18(19) ; Evangile de st Matthieu 4,18-22

« Or la foi naît de ce que l’on entend, et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ » affirme l’épître aux Romains.

« Pas de parole dans ce récit, pas de voix qui s’entendent mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle aux limites du monde. » précise le psaume 18 au sujet de la création.

A Simon appelé Pierre et son frère André, à Jacques fils de Zébédée et son frère Jean, ces paroles d’envoi de Jésus : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes » dans l’évangile de Matthieu.

Nous fêtons aujourd’hui les 40 ans de présence dominicaine dans le quartier de Lille -Moulins. Quelles résonnances entre ces textes et ce que nous fêtons ?

Le frère Philippe Maillard s’est installé le premier dans ce quartier populaire, pour créer une antenne d’ATD quart Monde. Très vite, le frère Michel Froidure l’a rejoint puis d’autres frères. Aujourd’hui encore, 6 ans après la mort de Philippe, nous sommes 4 frères, comme les pécheurs du bord du lac, à jeter nos filets sans relâche : Michel, Jean-Laurent, Benoît et moi.

Nous sommes reconnaissants à ce couvent, à vous qui nous aidez de tant de manières et aux frères de la Province, vous tous qui nous permettez de faire ce ‘pas de côté’, dans la meilleure tradition dominicaine. Il s’agit pour nous de vivre pleinement notre vie dominicaine et pleinement cette vie de voisinage, de quartier, dans le même lieu, à savoir au 28 de la rue de Wattignies et depuis 6 ans, l’îlot du 28 ayant été rasé pour cause d’insalubrité, à la Maison du 60, à une centaine de mètres de là.

Nous apprenons à cette école, celle de nos amis du quartier et proches, à vivre en frères à égalité- et ce n’est pas gagné-, en solidarité avec les plus démunis -c’est toujours un défi- et notre foi naît de ce que l’on entend comme le dit Paul aux Romains, à travers des vies malmenées, héroïques souvent. La parole du Christ, la parole du pauvre est au cœur de nos célébrations dialoguées, avec le pain du partage et le difficile pardon.

Nous découvrons que cette parole du Christ est aussi très souvent à l’image de ce que décrit le psaume 8: « Pas de parole dans ce récit, pas de voix qui s’entendent, Mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle aux limites du monde » Tant de dévouements, tant de gestes de solidarité, d’amitié, d’attentions fraternelles, tant de bonheurs partagés, de fatalismes combattus, de vies se remettant debout avec l’hésitation et les chutes des premiers pas du nouveau-né ; Tout cela forme un récit, un message, une nouvelle qui résonne jusqu’au limites du monde. C’est l’effet papillon, il suffit d’un imperceptible battement d’aile, du plus petit geste d’amour pour changer un monde.

Emerveillement donc, reconnaissance, joie d’être envoyés ensemble proclamer et entendre, toujours nouvelle, la bonne nouvelle du salut en Jésus le Christ, le Vivant.

Veillez et priez !

Homélie du frère Emmanuel Mbolihinihé – 1er dimanche de l’Avent

Le temps de l’avent, dans lequel nous entrons aujourd’hui, est une période d’un peu plus de trois semaines que l’Eglise consacre chaque année, pour nous aider à mieux nous préparer spirituellement à célébrer les fêtes prochaines de la Nativité de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

C’est le temps durant lequel l’Eglise nous invite à ouvrir plus largement nos cœurs pour accueillir l’amour et la miséricorde de Dieu envers nous. De toute éternité il a choisi de venir nous visiter dans notre misère ; il a voulu se faire l’un de nous, pour nous réconcilier avec lui et faire de nous ses enfants adoptifs, dans le Christ.

Le temps de l’Avent, c’est aussi la période durant laquelle l’Eglise nous aide, à travers des textes bibliques choisis à cet effet, à mieux nous préparer pour accueillir le même Christ, lors sa venue glorieuse à la fin des temps.

En effet, même si, après son Ascension au ciel, depuis bientôt 2000 ans, nous ne pouvons plus voir le Christ avec nos yeux de chair ni entendre sa voix avec nos oreilles charnelles, toutefois, il est constamment présent parmi nous, comme il l’avait d’ailleurs déclaré lui-même aux apôtres : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Mais, au-delà de cette présence permanente et discrète, le Christ se manifestera encore à la fin des temps dans toute sa gloire divine et avec puissance (Mt 24, 30).

D’autre part, si le moment de la première venue du Christ en ce monde était révélé par avance à quelques personnes que Dieu avait lui-même choisies, notamment la B.V. Marie, Saint Joseph, Sainte Elisabeth, Zacharie, etc., par contre le moment de sa manifestation glorieuse à la fin des temps n’est connu et ne sera connu par personne, à part Dieu le Père (Mt 24, 36).

Cette venue glorieuse du Christ se produira, selon ses propres enseignements, à l’improviste.

Elle se produira comme la visite d’un voleur la nuit (Mt 24, 43), comme l’irruption du déluge au temps de Noé (Gn 7, 1-24) ; comme la destruction de Sodome et de Gomorrhe au temps de Loth (Gn 19, 1-25), comme la tombée du filet du chasseur (Lc 21, 35) sur les oiseaux.

Voilà pourquoi, dans l’extrait de l’Evangile de ce premier dimanche de l’Avent, le Christ nous invite lui-même à rester vigilants, pour ne pas nous laisser surprendre désagréablement par sa venue à la fin des temps.

Notre Seigneur Jésus-Christ voudrait que, dans l’attente de ce moment, nous puissions veiller dans la foi et la prière, tout en essayant de conformer, autant que possible, notre conduite de vie à son Evangile.

Il voudrait également que nous puissions garder une attitude judicieuse et prudente par rapport aux biens éphémères de ce monde, notamment les richesses, les plaisirs de la chair, le pouvoir, l’autorité, les vaines gloires, etc., afin que ces choses ne puissent alourdir nos cœurs et nous distraire de l’essentiel, qu’est le Royaume des cieux.

Le Christ nous invite, par ailleurs, à élever nos regards, nos cœurs et nos esprits vers les réalités célestes, qui demeureront pour l’éternité.

Alors, prions, afin que le Seigneur nous aide lui-même à prendre ces avertissements au sérieux, à veiller jusqu’à la fin, dans la foi, dans la prière, dans la fidélité à nos vocations et à nos différentes responsabilités, en essayant, autant que possible, de conformer notre conduite de vie à son Evangile. Amen !

Vrai et faux pouvoir

Homélie du frère Denis Cerba – Dimanche 24 novembre – Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, roi de l’univers

 

L’année liturgique s’achève donc sur ce dimanche du Christ-Roi. Ce qui avait commencé à Noël dans l’humilité et l’abaissement d’une crèche s’achève aujourd’hui dans la pompe d’une intronisation royale. Jésus est maintenant, selon l’intitulé exact (en quelque sorte officiel) de cette fête « Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers ». Ça peut ressembler à un conte de fées (le paria qui devient roi…), mais c’est bien évidemment tout sauf ça : si l’on n’en était déjà convaincu, il suffirait pour l’être de se remémorer la page d’Évangile que l’on vient d’entendre… La royauté du Christ n’a rien à voir avec les histoires de princes et de princesses des magazines people, mais tout à voir avec l’histoire du salut et l’événement de la Croix. Il nous faut donc méditer cette royauté ultime et définitive du Christ à l’aune de ces choses : en quoi consiste ce pouvoir extraordinaire d’un Dieu que lui confère sa mort pour nous en croix entre deux brigands ? Et quel enseignement en tirer concernant notre propre rapport au pouvoir, dans toutes les sphères où nous nous trouvons en avoir un, si petit soit-il : dans nos métiers, dans nos familles ? — finalement, en fait, dans toutes nos activités et toutes nos relations des rapports de pouvoir, si anodins peuvent-ils paraître au premier abord, ne sont-ils pas susceptibles d’entrer en jeu ?

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