Les Week-Ends au couvent

Les frères dominicains de Lille et Retraite dans la Ville vous invite au couvent !

Besoin de souffler plus que cinq minutes ?

Envie d’une pause ailleurs que derrière votre ordinateur ? Soif de découvrir le cœur de Retraite dans la Ville ? C’est désormais possible.

Les frères dominicains de Lille vous accueillent le temps d’un week-end. Une pause pour écouter et vivre la Parole de Dieu, dans l’esprit de Retraite dans la Ville. Un temps pour méditer et se reposer à l’écart, porté par notre communauté.

Les week-ends au couvent commencent le vendredi à 19 heures par les vêpres (accueil dans l’après-midi) et se terminent le dimanche à 15 heures.

Au programme : 4 enseignements, prière avec la communauté, repas en silence le samedi. Les participants auront la possibilité d’être accompagnés par un frère, d’avoir une visite commentée du couvent inscrit aux monuments historiques et de découvrir l’histoire et les locaux de Retraite dans la Ville.

Attention : afin de permettre au plus grand nombre de participer, nous souhaitons limiter l’inscription à 2 retraites par an maximum. Des inscriptions supplémentaires seront possibles en fonction des places disponibles.

Inscription et informations

La Pentecôte selon le Greco 5/7

Mystique néoplatonicienne

L’oeuvre et la pensée de Greco sont marquées non seulement par le néoplatonisme des théoriciens de la renaissance italienne, mais aussi par l’expression éminemment dionysienne des mystiques espagnols. C’est à l’école des grands maîtres de la peinture vénitienne et romaine que Greco a découvert l’oeuvre et la pensée du florentin Marsile Ficin (1433-1499) et de son disciple Pic de la Mirandole (1463-1494). Traducteur des oeuvres de Platon, Plotin, Denys l’Aréopagite et de la plupart des néoplatoniciens, Marsile Ficin prône un art dont l’expression et les normes sont empruntées à l’Antiquité grecque et latine. De même, c’est dans le contexte de l’effervescence mystique du Siècle d’Or espagnol que Greco se familiarise avec l’oeuvre de Denys l’Aréopagite. Publiés et diffusés du vivant de Greco, les ouvrages de Jean d’Avila, de Louis de Grenade et  de Barthélemy des Martyrs représentent une parfaite expression du mystère dionysien au service de l’oraison mentale dite commune. A l’origine de ces deux expressions artistique et spirituelle il y a une seule et même source d’inspiration. Cette source d’origine ramène la forme et l’esprit à cette unité où il serait bien hasardeux de distinguer ce qui revient au travail du peintre d’une part et à l’homme de prière d’autre part. En effet, quand la flamme s’impose en figure, il est malaisé de distinguer l’ardeur qui guide le pinceau de la flamme qui anime l’être profond. L’une et l’autre renvoient en figure à un seul et unique principe créateur.

La Pentecôte selon le Greco 4/7

Le regard créateur 

D’emblée, ce tableau représente une saisissante galerie de portraits. Ce ne sont pas seulement des attitudes mais des personnes que Greco donne à voir. C’est d’ailleurs un discret autoportrait qui offre d’entrer dans le cénacle. C’est le portrait d’un vieillard qui, logé entre deux apôtres et légèrement tourné vers nous, suggère un tel sentiment de familiarité et de contemporanéité qu’il serait à peine troublant de se retrouver soi-même au milieu de l’assemblée des disciples. En fait, pour ne point nous laisser demeurer étranger à ces hommes d’autrefois, c’est en croisant notre regard que Greco nous donne de franchir le seuil d’une certaine intimité.

Cependant, comment ne pas être saisi par un sentiment d’étrangeté au milieu d’une telle assemblée ? Cette apparente étrangeté réside dans la mesure d’un regard. Ce regard, c’est celui de Greco qui, à la manière de Michel-Ange, “fait des figures de neuf, dix et onze pieds de long dans le seul but de rechercher une certaine grâce”. Cette grâce recherchée par le peintre est au-delà de la forme naturelle. Il s’agit de la grâce de l’essence, ou de la forme essentielle, qui dans sa pesanteur échappe à la mesure ordinaire. C’est cette grâce qui saisit le regard d’un sentiment d’étrangeté. Selon Greco, “un artiste peut s’appliquer à représenter avec labeur, minutie et science ce que la nature lui offre à portée de main. Mais si la grâce n’a pas saisi son regard cela ne lui servira de rien. L’artiste doit avoir ses instruments de mesure, non dans la main mais dans l’oeil. Seul l’oeil est juge”. Cependant, et parce qu’il est foncièrement créateur, le regard de cet oeil demeure bien au-delà du jugement. D’ailleurs, c’est avec une liberté peu commune que Greco se détourne de tous les jugements dont il fait l’objet à Rome, à l’Escurial et parfois même à Tolède. Car ce qui lui importe avant tout c’est l’indicible d’un regard créateur. “L’oeil du peintre est comme l’oreille du musicien, c’est-à-dire une grande chose. Et si le peintre pouvait exprimer par des mots ce qu’il voit, ce serait là une grande étrangeté, car la vue comprend les aspects de maintes facultés”. Ce que Le Greco donne à voir est donc au-delà du sujet, du dessin et de la couleur. D’ailleurs, ce n’est pas seulement dans les coloris qui lui sont propres et si particuliers que le peintre donne à voir la lumière. Des jaunes vifs, des rouges violacés, des bleus et des verts acides et stridents. En effet, c’est jusque dans les aspérités obscures de la matière picturale que l’âme est appelée à ressentir la lumière. Dans l’oeuvre du Greco, il n’y a pas une touche de peinture qui ne confine à l’abstraction dionysienne de la Théologie Mystique. “Sur le modèle de ceux qui font une statue de quelque étoffe naturelle, qui ne font qu’ôter de devant les yeux les superfluités grossières qui empêchent la vue de ce qui est caché dans la matière, faisant que la beauté de la figure, qui était renfermée au dedans sorte en évidence et vienne à se manifester, en séparant seulement ce qui en retardait la vue”.

Entre l’Ascension et la Pentecôte

Homélie du frère Maurice Billet – Mardi 26 mai 2020

Nous venons d’entendre une partie de la prière que Jésus a adressée, à haute voix, devant ses Apôtres, quelques instants avant le repas partagé, la sainte Cène, le soir de son arrestation et de sa Passion. Nous avons une partie de dernières paroles du Christ. Il leur livre son testament. Il rassemble ses forces, car il sait qu’il va affronter les derniers moments de sa vie sur terre. Il a besoin de la présence de ses disciples. Il leur a donné les paroles que son Père lui avait données. L’heure est venue. « Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. »

Dans l’ordinaire de la messe, nous chantons, à plusieurs reprises la gloire de Dieu : par le chant du Gloria. Au moment de la conclusion de la prière eucharistique : « Tout honneur et toute gloire ». Et aussi la conclusion du Notre Père. Ce mot gloire nous met mal à l’aise. Dans la Bible, la gloire signifie « ce qui fait du poids ». Une vie donnée, ça fait du poids, une vie offerte par amour, ça fait le poids.

Cette gloire-là est tout le contraire de la gloire, la gloriole des grands de ce monde. Remarquons que les valeurs, en ce temps de pandémie, sont bouleversées. Ceux que nous admirons le plus et dont nous reconnaissons la gloire, le poids, ce sont ceux qui sont au service de la santé et des soins des malades.

Un écrivain, Gustave Flaubert, a écrit une petite nouvelle sur Jean Baptiste. Il raconte que ses disciples sont venus pour récupérer son corps, après sa décapitation par Hérode. La conclusion de cette nouvelle est que les disciples de Jean Baptiste ont trouvé la tête de Jean Baptiste bien lourde. Lourde de la gloire d’une vie fidèle jusqu’à la mort.

Jésus nous révèle son intimité avec son Père. « Ce qui est à moi est à toi. Ce qui est à toi est à moi. » La mission de Jésus est d’apporter le salut et la vie éternelle. Il y a un va-et-vient, un échange continuel entre le Père et le Fils, il y a entre eux une relation d’amour. Le texte évangélique de ce jour précise que les disciples de Jésus lui ont été donnés par le Père. Ils lui appartiennent à lui aussi, Jésus. Il prie pour eux.

Dans la première lecture de ce jour, les Actes des Apôtres rapportent les adieux aux chrétiens de Milet. Saint Paul leur dit : « Et maintenant que je suis contraint par l’Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce qui va m’arriver là-bas. » Contraint, certes, mais peut-être un peu plus car la traduction de ce mot grec veut dire aussi, ligoté, enchaîné, retenu par des liens. L’Esprit crée des liens qui sont ceux de l’amour. Il sait ce qui l’attend à Jérusalem.

Nous sommes entrés, nous aussi, dans l’intimité divine, dans sa gloire, dans la vie éternelle, depuis notre baptême. Il nous appartient de continuer à répandre la gloire de Dieu, le poids, l’immensité de son amour. Nous réaliserons ainsi ce que dit saint Paul aux Éphésiens : « L’Église est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude. » 2e lecture de l’Ascension.

Nous sommes entre l’Ascension et la Pentecôte.

Le don de l’Esprit vient compléter les dons de Dieu. Il nous aide à diriger nos vies dans la charité, le partage, la miséricorde. C’est à chacun de nous de prendre l’initiative et de nous engager, en toute liberté. Nous avons à prendre en mains nos vies et nos existences, avec la force donnée par l’Esprit. Comme me disait un ami, il y a toujours un moment où c’est à nous de prendre le volant.

La Pentecôte selon le Greco 3/7

La Pentecôte ou la figure de l’âme en prière

La Pentecôte selon Greco c’est la figure du recueillement, de l’être recueilli et de l’âme en prière. Cette représentation de la descente de l’Esprit-Saint au Cénacle n’est pas une simple illustration du Livre des Actes, mais une authentique méditation sur le mystère de la prière. Le dessein du Greco est ainsi en parfaite harmonie avec la doctrine spirituelle de Louis de Grenade (1504-1585). Dans ses Méditations de la vie du sauveur, éditées à Salamanque en 1554, le frère dominicain conseille “de ne point se contenter de considérer l’image des choses que l’histoire présente, mais de s’efforcer de pénétrer ces mystères des yeux de l’âme, au point de comprendre les dispositions et les sentiments des personnages, et de chercher à deviner au moyen du corps ce qui se passe au fond de l’âme”. Quand l’Espagne du XVIe siècle s’enflamme à nouveau pour l’oeuvre et la doctrine de Denys l’Aréopagite, Louis de Grenade, emprunte la voie de la Théologique mystiquepour nourrir l’oraison, avec une exigence qui le distingue de l’excès des allumbradoset préfigure le chemin spirituel de Jean de la Croix.

Selon Louis de Grenade, “une des choses que Jésus-Christ annonce le plus souvent dans l’Évangile, c’est la venue de l’Esprit-Saint. Il serait même exact de dire qu’une grande partie de l’Évangile en est la préparation; et que le Christ a été le prophète de l’Esprit-Saint, comme Isaïe et Jérémie ont été les prophètes du Christ”. Dans le Livre des Actes, lorsque le Seigneur les eut définitivement quittés sur le mont des Oliviers, les disciples s’en retournèrent à Jérusalem où ils furent tous remplis de l’Esprit-Saint. Dans le retable du Greco, conformément à la tradition, Marie se tient en prière au milieu des disciples réunis dans le Cénacle. L’espace architectural est réduit à sa plus simple expression spirituelle. Accessible grâce à quelques degrés, le Cénacle est une chambre haute dont la voûte ressemble à une coupole byzantine qui laisse tomber à flot la lumière dans le choeur du sanctuaire. C’est dans ce halo lumineux que l’Esprit-Saint, sous forme d’une colombe, se laisse appréhender par la raison et les sens. Dans ce Temple de l’Esprit-Saint de Dieu, Marie et les disciples, sur qui repose une langue de feu, font figure de candélabres. Au premier plan, frappés de stupeur et bouleversés jusqu’à l’extrême, les disciples Pierre et Jean nous tournent le dos. Ils sont tous les deux suspendus à cette manifestation de Dieu qui appelle tout homme à naître d’en haut. Ébloui, Pierre est complètement renversé en arrière. Ébahi, Jean demeure en pure contemplation. Devant eux, au sommet des marches, les autres disciples participent avec les mêmes gestes, et chacun à sa manière, à l’émotion que suscite le tremendumdivin. L’un ramène son bras sur le front, l’autre sur les yeux. L’un demeure saisi, l’autre anéanti. Tous participent à cette “naissance d’en haut” dans une fébrilité qui s’élève jusqu’au repos. En effet, au coeur de cette animation ou tout semble au premier abord perdre en matérialité, il règne une atmosphère sereine et pondérée. Au centre du retable, la figure de Marie, les mains jointes, manifeste ce fond de l’âme qui dans la prière n’est plus troublé par rien et offre au corps entier quiétude et félicité. Selon Louis de Grenade, Marie “présidait et gouvernait ce pieux collège en l’absence de son Fils et guidait le troupeau dans l’intérieur du désert, c’est-à-dire dans le secret du recueillement et dans la persévérance de la prière. Elle savait combien cette disposition avait de l’importance pour préparer à la réception du Saint-Esprit. Qu’il eut été heureux, celui qui eut mérité d’être en cette sainte compagnie, de prendre part à ces prières, de contempler la face de l’Auguste Reine (…) et de voir comment elle disposait le coeur des apôtres à la venue de l’Esprit céleste”. Soucieux de ne jamais le laisser extérieur au mystère, Louis de Grenade engage le fidèle a participer jusqu’au fond de l’âme à la béatitude qu’il lui est donné de contempler.

Couvent Saint-Thomas d'Aquin, 7 avenue Salomon – 59000 Lille – 03 20 14 96 96