Pourquoi les dominicains parlent-ils si peu de Dominique ?

Homélie du frère Raphaël de Bouillé – Solennité de saint Dominique 8 août 2022

Je suis le promoteur des vocations et un jour un jeune s’est mis en colère près de moi : « pourquoi les dominicains parlent si peu de Dominique ? » Je comprends sa colère : les franciscains nous parlent souvent avec fruits de St-François, les Salésiens avec fruits de de St-Jean Bosco, les missionnaires de la Charité, de Mère Teresa. Pourquoi les dominicains parlent si peu des Saint-Dominique ?

Je crois que c’est ce que Dominique veut, que nous parlions de quelqu’un plus grand que lui, de plus important que lui, de plus fondamental que lui. Dominique a toujours voulu s’effacer devant lui. A Palencia, quand il vent ses livres pour nourrir les pauvres, il ne voulait pas seulement entendre sa Parole, mais la mettre en pratique. Quand il fut maître de l’Ordre, il voulait se démettre pour aller annoncer aux Cumans que Dieu avait quelque chose à leur dire ce jour-là.

Rien n’a été gardé des écrits de Dominique. Je crois que cela n’aurait eu aucun intérêt car lire Saint Dominique, c’est simplement lire du St-Paul : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ». « Je n’ai pas honte de l’Évangile, il est puissance de Dieu pour le salut de celui qui croit. » « Nous prêchons un Messie Crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens, mais pour nous qui sommes devenus croyants, il est puissance de Dieu et salut de Dieu. » « Nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Promoteur des vocations, j’ai dû réaliser une vidéo pour dire notre charisme. J’ai testé des phrases auprès des frères et une a toujours fonctionné : « Je parle et Dieu est entendu ». Pour reprendre notre évangile aujourd’hui : « De même, que votre lumière brille devant les hommes : » alors, étendant ce que vous dites, « ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Dominique avait la foi que Dieu a les moyens de ses projets et qu’il n’y a pas de situation, aussi difficile soit-elle, où Dieu n’ait pas une bonne nouvelle de Salut à donner à cette personne. Quand Dominique rencontre l’hôtelier cathare à Toulouse, il avait la conviction que Dieu avait une bonne nouvelle de Salut à lui annoncer. Un des exempla que je préfère est celui qui vient : Dominique avait promis des prédicateurs dans différents lieux et il lui en manquait un. Il se tourne vers un novice et lui demande d’y aller. Celui refuse, arguant de son incompétence. Dominique l’envoie, en lui promettant qu’il prierait pour lui. De retour de prédication, le novice était accompagné de trois autres jeunes hommes qui voulaient devenir frères prêcheurs.

A la suite de St-Dominique, nous croyons que, quelque soit les situations, aussi difficiles soient-elles, Dieu a une bonne nouvelle de Salut à donner, Dieu a quelque chose à leur dire. Un de nos frères m’a partagé cette histoire. Il prenait un Blablacar pour 8 heures de route, et assez rapidement il a compris que les deux femmes qui étaient devant étaient en couple et qu’elles n’étaient pas pleinement heureux d’avoir un prêtre à l’arrière – elles pensent souvent que les chrétiens ont de la haine pour elles, alors que ce n’est pas le cas. Comme Dominique, il a intercédé pour elle. Au bout d’une heure, la relation a commencé. Par la suite, l’une d’elle a dit que son père était très croyant, et qu’elle aussi aimerait être croyant comme lui. L’autre a demandé si l’on pouvait tout pardonner – ouverture à l’annonce de la mort et la résurrection du Christ. Il a finalement manqué de temps pour aller plus loin.

Ce n’est pas quelque chose de propre aux dominicains, mais qui fait vivre Dominique et les dominicains : Dieu a une bonne nouvelle de Salut aujourd’hui pour toute personne et je suis mandaté pour leur en parler.