La courbe du volontaire

Homélie du frère Nicolas Burle – 3e dimanche de l’Avent – 11 décembre 2022

Frères et sœurs,

Lorsque les volontaires Dom&Go reviennent de leur mission de volontariat, ils sont invités à transmettre ce qu’ils ont vécu aux futurs volontaires. Vous avez donc trois catégories de volontaires aujourd’hui : les locaux, Felipe et Augusto qui sont avec nous pour un an, les partants et les rentrants. Et l’exercice que nous demandons aux rentrants est de raconter leur mission en l’illustrant par une courbe du volontaire. Une sorte de sismographe émotionnel qui montre l’amplitude de ce qui a été vécu pendant une mission, dans les hauts comme dans les bas.

Tout volontaire suit à peu près les mêmes étapes dans sa mission de 6 ou 12 mois. Un début enthousiaste. C’est génial, je découvre plein de choses, chaque jour est une aventure, traverser la rue est une aventure. Il y a des chimpanzés dans le jardin et je mange des bananes plantin au petit-déjeuner. Mais arrive toujours un moment de creux. Souvent lié à une question pleine de doutes : « Mais qu’est-ce que je fais là ? », « Est-ce que je sers vraiment à quelque chose ? ».

Aujourd’hui nous est donc présenté Jean-Baptiste, un volontaire très volontaire. Il est même parti vivre au désert. La semaine dernière, il nous a exhorté à la conversion avec force. Sa fiche de mission est de baptiser, de traiter les pharisiens et les saducéens d’engeance de vipères et d’annoncer la venue du Messie. Aujourd’hui, il est au fond du trou. Il en est là dans sa courbe du volontaire. « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

Pourquoi fait-il encore si noir alors que la lumière est venue dans les ténèbres ? Vers qui irions nous Seigneur, si toi-même tu sembles absent ?

Mais Jean-Baptiste pose un geste qui montre qu’il est bien déjà de la trempe des chrétiens. Il ne pleurniche pas sur son état ou l’état du monde. Il ne se prend pas non plus pour le sauveur afin de tout régler lui-même. Non. Si Dieu semble absent, alors il faut le convoquer dans la prière et dans les cris. « Dieu viens à mon aide, Seigneur viens vite à mon secours ! » chantent les frères, dans cette église, tous les soirs, pour commencer la prière. C’est dans ce noir où je suis, Seigneur, que je t’appelle.

C’est pour cela que Jésus répond à Jean Baptiste par des signes éclatants et par une citation du prophète Isaïe. Ce n’est pas une fuite ! C’est la bonne réponse à donner à Jean Baptiste, lui qui connaît si bien la parole de Dieu, lui qui a su reconnaître en Jésus le Verbe de Dieu. Avec cette réponse, les conditions extérieures ne vont certes pas changer pour Jean-Baptiste : il restera en prison et il sera un jour décapité. Est-ce l’échec ? Est-ce inutile ? C’est pourtant en lui désormais que la lumière va l’éclairer, que la parole va le relever, que la porte de la prison s’ouvre et qu’il n’est plus seul.

Cette réponse du Christ signifie que c’est toi Jean Baptiste, le pauvre, à qui la bonne nouvelle doit être à nouveau annoncée. Jean Baptiste ! Ouvre les yeux dans le noir de ta prison : Jésus est la lumière qui te rendra la vue. Jean-Baptiste ! Tu boites et tu trébuches, appuie-toi sur Jésus, redresse-toi et marche avec lui. Jean-Baptiste ! Le doute, le péché et les épreuves t’ont rendu insensible et la lèpre te paralyse : laisse toi toucher jusqu’au cœur car Jésus seul peut te purifier. Cesse d’être sourd, écoute-le. Ce ne sont pas les autres seulement qui ont besoin d’être sauvés, c’est toi aussi et toi d’abord !

Qu’est-ce qui fait remonter la courbe d’un volontaire au fond du trou ? C’est toujours le fait de consentir. Je consens à fleurir là où le bon Dieu m’a semé. Je décide de demeurer dans ce lieu, jour après jour. « Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience. » Je peux perdre ma vie en rêvant de vivre ailleurs et en refusant de vivre ici et maintenant.

Tous ces signes éclatants de Jésus, renvoient à un signe premier, signe originel, qui est le signe merveilleux de Noël. Ce signe ne peut pas être reconnu au grand jour, sous le soleil, dans le monde. Signe visible seulement dans la foi, dans la nuit, ce signe, c’est qu’une vierge enfante et qu’à l’enfant né de la Vierge, on donne le nom d’EMMANUEL, un nom qui signifie ”Dieu avec nous”.

Laissons Dieu être avec nous. Notre défenseur est si fort qu’il vient sans armes, sans défense, tout petit, tout exposé, comme un nouveau né. Car si le Sauveur nous tend les bras, ce n’est pas pour nous prendre ce que nous avons mais c’est pour nous donner tout ce qu’il est.

Cet enfant qui vient communier à nos joies et nos peines,

il est remis entre nos mains comme une hostie.