Homélies

Jusqu’à sa croix

Homélie du frère Benoît Ente – Dimanche des Rameaux

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, alors que nous entrons dans la semaine sainte, nous commençons par acclamer notre roi. Ou plutôt un anti-roi. Il n’a ni habit rutilant ni armée derrière lui. Pour tout signe d’honneur, il a choisi un petit âne et des branchages trouvés aux alentours. Mieux qu’un roi, c’est un fils qui vient pour sauver ses frères et leur redonner la vie. Avec lui marchons sans peur jusqu’à la croix pour avec lui ressusciter.

Jésus, guérisseur, faiseur de miracle, maître de la mer et des démons est acclamé par le peuple comme son roi. Jésus, défiguré et souffrant, crucifié comme un esclave est rejeté par ce même peuple. La réaction de ces hommes n’est-elle pas une image de nos propres contradictions ? Quand le chemin de la vie nous apporte bienfaits et réjouissance, nous louons Dieu à pleine voix. Quand le chemin de la vie devient pierreux et douloureux, nous nous rebellons contre l’auteur de la vie. Cela semble naturel, humain.

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Voici venir des jours

Homélie du frère Jean-Pierre Mérimée – Dimanche 21 mars 2021

« Voici venir des jours… » Jérémie annonce un avenir, pour notre planète, pour tous les hommes, pour chacun de nous. Comment ne pas accueillir cette proposition, au moment où le récit de notre planète oscille entre le défaitisme le plus noir, celui de tous les effondrements, du no future et le récit de l’homme augmenté, connecté, jouet de tous les vertiges technologiques du moment ?

« Voici venir des jours ». A condition d’entrer dans la proposition que Dieu nous fait.

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Joseph, rêveur et pragmatique

À quoi songe ce saint Joseph de Robert Campin lorsqu’il perce de trous sa planchette ?

Homélie du frère Yves Habert – Solennité de saint Joseph 19 mars 2021

« Voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. »

Il existe deux catégories de personnes, avec leurs nuances : les rêveurs et les pragmatiques. D’un côté, ceux qui sont un peu différents de l’homme commun, un peu dans la lune, mais ils semblent favorisés d’intuitions qu’ils tirent non pas de leur propre expérience, mais de leurs rêves. On hésite parfois à leur confier nos intérêts matériels. De l’autre côté, nous avons des personnes douées d’un très grand sens pratique, ils se fient plutôt à leur savoir-faire qu’à leurs rêves. Ils sont très précieux pour débrouiller une situation, mais sont davantage du côté de la technique et ne font quelquefois pas rêver.

Dans l’évangile de Matthieu, Joseph, l’époux de Marie est favorisé de songes. Comme nous venons de l’entendre, il accueille Marie enceinte chez lui à la suite d’un songe. Plus tard, il partira en Egypte quand Hérode se fera menaçant et reviendra à Nazareth quand la crise sera finie, toujours à la suite de songes. Ne soyons pas étonnés, le songe est un moyen de communication habituel de la divinité dans la Bible et, plus largement, dans les civilisations traditionnelles. 

L’époux de Marie me fait penser à un autre Joseph, le fils de Rachel, l’avant-dernier des enfants de Jacob. Un personnage considérable dont l’histoire occupe treize chapitres du livre de la Genèse. Lui aussi est favorisé de songes. Jeune encore, il livre à ses frères deux songes : gerbes de blé, soleil et lune s’inclinent devant lui (Gn 37) Cela lui vaudra le qualificatif « d’expert en songes » et la haine de ses frères qui le vendront à des marchands. Plus tard, en Egypte ses songes lui permettront d’arriver au sommet de l’état (en quelque sorte le Jean Castex de Pharaon !) et de sauver ses frères.

On le voit, chez le patriarche, les songes ne vont pas sans un certain pragmatisme. 

L’époux de Marie est de la même trempe : un rêveur qui se double d’un pragmatique. Ne l’invoque-t-on pas dans nos affaires matérielles et de famille ? Pour saint Joseph, comme son homonyme, le rêve manifeste et signifie une disponibilité aux appels de Dieu. Nous n’avons pas le contrôle de nos rêves. L’espace est libre pour l’intervention de Dieu.

Le 8 décembre 1870, le pape Pie IX a proclamé saint Joseph patron de l’Eglise. Et me vient une idée. D’où vient une certaine désaffection de nos contemporains, au moins dans nos contrées, vis-à-vis de l’Eglise ? On dirait qu’elle ne les fait plus rêver. Comme m’écrivait quelqu’un pas très pratiquant : « Personnellement ce n’est pas quand je me sens pécheur que je me sens bien dans l’Eglise. C’est au contraire quand je participe du grand rêve auquel ses mystères nous invitent. » Il faudrait nuancer cette opinion. Mais invoquons le patron de l’Eglise, notre cher saint Joseph, pour notre Eglise. Qu’elle accueille avec une plus grande disponibilité le grand rêve de Dieu, pour le traduire à sa manière en offrant à tous les hommes non le rêve d’un salut, mais sa réalité que nous allons fêter à Pâques.

Celui qui croit a la Vie éternelle

Homélie du frère Philippe Verdin – Dimanche 14 mars 2021

Pour être sauvé, sauvé de la maladie, sauvé de l’isolement, sauvé de la faillite, nous réclamons à corps et à cri le vaccin, PfizerModerna ou Janssen de Johnson & Johnson, même Astra zeneca peu importe, c’est urgent. 

Dans le désert, Moïse, lui, doit sauver son peuple non d’un virus, mais des morsures d’aspics. Ils se cachent dans les palmiers et vous tombent dessus à l’oasis, ils sont lovés sous une pierre quand vous voulez vous assoir, après la marche dans la poussière du désert… les serapim, sournois et mortel. Moise fait dresser un serpent de bronze au bout d’une pique, au bout d’une « batinse » comme on dit dans le Nord. « Tout ceux qui le regarde sont sauvés ». (Nb 21, 9)

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Abolir ou accomplir

Homélie du frère Philippe Verdin – Mercredi 10 mars 2021

Le Christ est venu accomplir la Loi. Pas l’abolir.

La Loi – dit St Paul – a été donnée au peuple, du temps de Moïse, à cause de son endurcissement. Le peuple avait besoin de conseils clairs pour marcher dans les voies du Seigneur.

La loi, c’est comme un bâton. Pas un bâton pour nous punir, pour nous battre. Pas une matraque ou une chicotte. Un bâton planté en terre promise comme un tuteur, pour grandir, s’épanouir. La loi est une mise en garde contre les dérives idolâtres, contre la violence débridée, contre les choix mortifères. La loi enfin rappelle l’élection par Dieu et les devoirs qui découlent de l’Alliance.

Jésus vient. Il assume la Loi, mais il l’élargit, il la dépasse, il lui donne un autre horizon. On ne doit plus suivre la Loi parce que Dieu l’a demandé, comme si on était des enfants six ans. Ou pour éviter les embûches. On doit suivre la Loi parce qu’elle nous révèle notre dignité, notre liberté. La loi donne un élan, un souffle. La loi ne bride pas, elle débride au contraire, elle déploie nos énergies vitales, notre énergie divine.

Jésus n’abolit pas la loi ; il la complète d’un seul article, mais qui les réoriente tous : « tu aimeras ton prochain comme toi-même. » La loi d’amour…

La loi ancienne disait comment suivre le chemin de vie. La Loi nouvelle proclame pourquoi il faut chercher Dieu : il veut ne faire qu’une chair avec nous ; il veut nous faire entrer en communion avec lui.

Seigneur, inscris ta loi d’amour dans notre cœur ! Accomplis en nous ce que tu as déjà commencé depuis notre baptême.