Il est plus facile de se haïr que de s’aimer en vérité.

Homélie du frère Franck Guyen – Vendredi 12 mars 2021

Mes amis, l’Évangile d’aujourd’hui, vendredi 12 mars 2021 pendant la troisième semaine de Carême, nous parle de l’amour que nous avons à déployer verticalement vers Dieu et horizontalement vers notre prochain, à partir d’un centre, nous-mêmes.

Nous parlons ici de l’amour divin qui vient infuser nos cœurs, cette vertu théologale appelée la charité qui provient de la réalité incréée que nous appelons Dieu et dont nous participons.

La charité infusée en nous se diffuse ensuite en nous dans toutes les fibres de notre être. Elle infuse à partir de ce point central, cet interior intimo meo d’Augustin, ce lieu plus intérieur à moi-même que mon plus intime, ce lieu inaccessible à la personne qui partage ma vie et même à moi sauf à de rares et fugaces instants, parce que c’est le lieu secret où le Dieu incréé me suscite comme créature.

Maître Eckhard parlera de ce tréfonds de l’âme, de ce fond sans fond, Urgrund où nous sommes suscités par l’Au-delà de tout, ce lieu où est proférée sans cesse cette parole ; « Sois ! Existe ! Car je t’aime »

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Pour aller un peu plus loin, je vous propose de comparer l’amour de Dieu à une lumière traversant un morceau de verre et voyons comment ce morceau de verre laisse passer cette lumière.

Premier extrême funeste : se complaire dans ce que cette lumière révèle en nous de beau, de bon sans la laisser sortir, comme un verre opaque. Ce morceau de verre opaque, c’est quelqu’un de tellement absorbé dans son autocomplaisance que la lumière divine est emprisonnée dans son amour stérile de lui-même. Extrême de celui qui s’aime trop.

L’autre extrême néfaste, celui qui aspire à devenir un verre transparent parce qu’il ne s’aime pas assez. Quelqu’un qui n’arrive pas à correspondre à son idéal, parce qu’il ne supporte pas tel ou tel défaut en lui, parce qu’il est habité de pulsions déréglées. Alors il ne s’aime pas et il aspire à être sans couleurs, sans odeur, sans saveur.

L’Evangile dit que « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Mais alors comment aimer autrui si on ne s’aime pas soi-même ? À mon avis, celui qui ne s’aime pas oublie que Dieu a fait toute chose par amour, et que donc il existe parce que Quelqu’un l’a désiré et qu’il est appelé à répondre à ce désir.

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Je conclus. Je vous propose d’accepter de devenir des verres colorés par nos ombres, nos côtés peu reluisants dont nous avons honte, mais aussi nos couleurs, nos bons côtés, nos moments de générosité, de pardon, de gratitude, nos liens d’amitié, d’affection que nous avons tissés avec notre prochain, ces choses dont nous sommes fiers à juste titre.

Oui, nous avons des qualités, des vertus, des beautés, dont nous ne sommes pas forcément conscients mais que perçoivent les autres et quelquefois ils nous les disent. Il nous revient alors de les entendre et de les accepter, avec une vraie humilité.

Je le crois, chacun de nous peut devenir un beau verre coloré, et ensemble, nous, le peuple de Dieu, le Corps du Christ, nous pouvons former un beau vitrail à travers lequel la lumière de Dieu rehausse le monde de couleurs uniques.

Je vous quitte avec l’extrait du Journal d’un curé de campagne écrit en 1936 de Georges Bernanos (1888-1948). Cet extrait a inspiré ma prédication d’aujourd’hui.

« Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ. »